vendredi 9 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2400234 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | KOURAVY MOUSSA-BE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 février 2024, M. A B, représenté par Me Kouravy Moussa-Bé, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre la décision du 3 août 2023 par laquelle le préfet de Mayotte a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ;
3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de dix jours et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler en attendant qu'il soit statué sur sa requête au fond sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Kouravy Moussa-Bé en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il a déjà bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour et que le refus du renouvellement de cette autorisation et de délivrance d'un titre de séjour le place dans une situation irrégulière qui l'expose à tout moment à un risque d'éloignement ;
- le moyen tiré du défaut de motivation né du refus de communication des motifs de la décision est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité du refus de séjour.
Vu :
- la requête enregistrée le 30 octobre 2023 sous le numéro n°2304224 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée () ".
2. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
3. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision litigieuse, M. B, ressortissant comorien né le 31 décembre 1980 se borne à faire valoir qu'il a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour pour une durée de trois mois. Si la condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, cette présomption ne peut utilement être invoquée lorsque le requérant a uniquement bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour. Par suite, le requérant, qui ne se prévaut d'aucune autre circonstance particulière, n'établit pas que la décision portant refus de séjour porterait atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à ses intérêts ou à ceux qu'il entend défendre et rendrait ainsi nécessaire l'intervention, en urgence, du juge des référés avant que ne soit jugée sa requête au fond.
4. En tout état de cause, en se bornant à soutenir que le défaut de motivation est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité du refus de séjour, le requérant ne soutient ni même n'allègue avoir une vie privée et familiale sur le territoire français et remplir les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Par suite, l'unique moyen de la requête n'est pas susceptible de créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.
5. Il résulte de ce qui précède qu'aucune des conditions posées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant remplie, il y a lieu, par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 de ce même code, de rejeter les conclusions de la requête de M. B tendant à la suspension de l'exécution de la décision contestée du 3 août 2023 et, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce et en toute hypothèse, d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet de Mayotte.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.
Fait à Mamoudzou, le 9 février 2024.
Le juge des référés,
T. SORIN
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.