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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2400363

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2400363

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2400363
TypeOrdonnance
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er mars 2024, Mme B D, épouse C, représentée par Me De Boyer Montegut, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution des arrêtés du 8 décembre 2023 et du 22 décembre 2023 par lesquels le préfet de Mayotte a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français à destination du Rwanda dans le délai d'un mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, valable jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa requête au fond ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 600 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie en raison de sa situation familiale et dès lors que la décision litigieuse a pour effet de la placer dans une situation irrégulière et qu'elle est exposée à un éloignement imminent vers son pays d'origine ;

- les arrêtés méconnaissent sa liberté d'aller et venir ;

- les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, des vices de forme, des erreurs de droit, de la méconnaissance des dispositions des articles L. 413-2 et R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, des erreurs manifestes d'appréciation ainsi que du détournement de procédure, sont, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des refus de séjour prévus par les arrêtés du 8 décembre 2023 et du 22 décembre 2023 ;

- les moyens tirés du vice de procédure, de la méconnaissance de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du même code, sont, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité du refus de séjour prévu par l'arrêté du 22 décembre 2023 ;

- les décisions portant obligations de quitter le territoire français dans un délai d'un mois sont illégales compte tenu de l'illégalité des décisions portant refus d'admission au séjour ;

- ces décisions sont entachées d'erreurs manifestes d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en intervention du 8 mars 2024, M. A C a déclaré s'associer aux conclusions de Mme B D, épouse C.

Vu :

- la requête enregistrée le 29 décembre 2023 sous le numéro n° 2304734 par laquelle la requérante demande l'annulation de l'arrêté du 8 décembre 2023 ;

- la requête enregistrée le 8 janvier 2024 sous le numéro n° 2400044 par laquelle la requérante demande l'annulation de l'arrêté du 22 décembre 2023 ;

- l'ordonnance n° 2400131 du 6 février 2024 par laquelle le juge des référés a rejeté les conclusions de la requête de Mme D à l'encontre de l'arrêté du 22 décembre 2023, également objet du présent litige ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D, épouse C, ressortissante rwandaise née le 28 mars 1994, demande la suspension de l'exécution des arrêtés des 8 et 22 décembre 2023 par lesquels le préfet de Mayotte a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français à destination du Rwanda dans le délai d'un mois. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre l'intervention de M. A C au soutien des conclusions de la requête de Mme D, épouse C.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée () ".

3. Si les ordonnances par lesquelles le juge des référés fait usage de ses pouvoirs de juge de l'urgence sont exécutoires et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoires, elles sont, compte tenu de leur caractère provisoire, dépourvues de l'autorité de chose jugée. Il en résulte que la circonstance que le juge des référés a rejeté une première demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne fait pas obstacle à ce que la même partie saisisse ce juge d'une nouvelle demande ayant le même objet, notamment en soulevant des moyens ou en faisant valoir des éléments nouveaux, alors même qu'ils auraient pu lui être soumis dès sa première saisine. Une telle demande trouve son fondement non dans les dispositions de l'article L. 521-4, qui ne sauraient être utilement invoquées lorsque le juge des référés a rejeté purement et simplement une demande aux fins de suspension, mais dans celles de l'article L. 521-1.

4. D'une part, il résulte de l'instruction que, par une ordonnance n° 2400131 du 6 février 2024, le juge des référés a déjà statué sur des conclusions aux fins de suspension de l'exécution de l'arrêté du 22 décembre 2023 présentées par la requérante. Dans ces conditions, et dès lors que Mme D ne fait valoir aucun moyen ou élément nouveaux à l'appui de sa nouvelle requête présentée sur le même fondement, cette dernière est manifestement irrecevable et doit être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Au surplus et en tout état de cause, aucun des moyens soulevés par la requérante à l'encontre de cet arrêté et précisément analysés dans les visas de la présente ordonnance n'est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité.

5. D'autre part, il résulte de l'instruction que l'arrêté du 8 décembre 2023 du préfet de Mayotte également contesté a été remplacé par l'arrêté précité du 22 décembre 2023. Cet arrêté du 22 décembre 2023 a nécessairement abrogé l'arrêté du 8 décembre 2023 portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français, qui a cessé de produire ses effets. Dans ces conditions, et dès lors que la précédente ordonnance n'a pas pour effet de faire revivre, même provisoirement, l'arrêté du 8 décembre 2023, les conclusions de la requête dirigées contre ce premier arrêté du préfet de Mayotte refusant de délivrer à Mme D un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français à destination du Rwanda ont perdu leur objet et il n'y a dès lors plus lieu pour le juge des référés d'y statuer.

6. Il résulte de ce qui précède que, par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête de Mme D tendant à la suspension de l'exécution de la décision contestée du 22 décembre 2023, de déclarer sans objet les conclusions dirigées contre l'arrêté du 8 décembre 2023 et, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce et en toute hypothèse, d'admettre l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 8 décembre 2023.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B D, épouse C.

Copie en sera transmise à M. A C, au ministre de l'intérieur et au préfet de Mayotte.

Fait à Mamoudzou, le 14 mars 2024.

Le juge des référés,

T. SORIN

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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