lundi 8 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2400365 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrés le 1er mars 2024, M. A Prince, doit être regardé comme demandant au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative,
1°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de le recevoir afin d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;
2°) de lui désigner un avocat pouvant l'accompagner tout au long de cette procédure.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est en l'espèce remplie ;
- il est bloqué dans l'obtention d'un rendez-vous et effectué toutes les démarches en ligne.
La procédure a été communiquée au préfet de Mayotte qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bauzerand, vice-président en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience, qui a eu lieu 28 mars 2024 à 14h00, dans les conditions prévues aux articles L. 781-1 et R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, le juge des référés siégeant au tribunal administratif de La Réunion, assisté de M. Clément, greffier d'audience présent au tribunal administratif de Mayotte.
Au cours de l'audience publique, ont été entendus :
- le rapport de M. Bauzerand, juge des référés ;
- et les observations de M. Prince.
Le préfet de Mayotte n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience
Une note en délibéré a été produite le 28 mars 2024 par M. Prince.
Considérant ce qui suit :
1. M. A Prince, ressortissant comorien né le 1er mai 2005 aux Comores, déclare résider à Mayotte de façon continue depuis 2019 et produit des certificats de scolarité attestant des études suivies au lycée polyvalent de Kaweni. Il expose avoir vainement tenté de solliciter la régularisation de sa situation par l'intermédiaire de la plateforme internet de la préfecture de Mayotte qui n'offre aucune plage horaire disponible à la prise de rendez-vous. Il demande en conséquence au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui consentir un rendez-vous.
Sur la désignation d'un avocat :
2. Il n'appartient pas au juge administratif de désigner un avocat pour les requérants en dehors des cas prévus par la loi. Par suite, la demande de M. Prince, qui ne justifie ni même n'allègue avoir sollicité l'aide juridictionnelle ou être dans l'impossibilité de la faire, tendant à ce que le tribunal le mettre en relation avec un avocat " spécialiste en droit de l'immigration " doit être rejetée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision. " .
4. Le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures, autres que celles régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative, notamment sous forme d'injonctions adressées tant à des personnes privées que, le cas échéant, à l'administration, à condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. Eu égard à son objet et aux pouvoirs dont le juge des référés dispose, une demande tendant à ce qu'il soit ordonné à l'autorité compétente de prendre des mesures réglementaires, y compris d'organisation des services placés sous son autorité, n'est pas au nombre de celles qui peuvent être présentées au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-3.
5. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
6. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel ce rendez-vous doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
7. En l'espèce, il ressort des nombreuses captures d'écran datées versées au dossier, quand bien même celles-ci ne comportent pas de mention nominative, que le requérant établit l'indisponibilité de plages horaires libres pour la prise de rendez-vous à l'occasion de nombreuses connexions depuis plusieurs mois, et par suite, la quasi impossibilité pour un demandeur de titre de séjour d'obtenir un rendez-vous dans un délai raisonnable.
8. Compte tenu, d'une part, des difficultés d'accueil des usagers dans le contexte mahorais, et d'autre part, de la situation de M. Prince, qui produit des justificatifs de présence, mais ne justifie d'aucune démarche en vue de régulariser sa situation depuis son entrée irrégulière sur le territoire français et l'anniversaire de ses 18 ans le 1er mai 2023 avant ses tentatives infructueuses à compter de septembre de la même année, il sera fait une juste appréciation des circonstances de l'espèce en enjoignant au préfet de Mayotte de recevoir l'intéressé dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet de Mayotte de procéder dans un délai de deux mois à l'enregistrement de la demande de titre de séjour de M. Prince et à la remise à ce dernier d'un récépissé valant autorisation provisoire de travailler
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A Prince et au préfet de Mayotte.
Copie sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer
Fait à Mamoudzou, le 8 avril 2024.
Le juge des référés,
Ch. BAUZERAND
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision