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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2400411

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2400411

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2400411
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mars 2024, Mme D A ressortissante comorienne née le 2 septembre 1985 représentée par Me Mohamed demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de :

1°) suspendre l'arrêté n° 3723/2024 du 8 mars 2024, par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français avec interdiction de retour pendant un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 10 jours.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que placée au centre de rétention elle est sur le point d'être éloignée ;

- la décision porte atteinte à son droit au respect à une vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la CEDH ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire enregistré le 11 mars 2024, présenté par Me Ranou, Centaure avocats, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête ;

Il soutient que :

- la condition de l'urgence n'est pas contestée ;

- le moyen tiré de l'article 8 de la CEDH n'est pas fondé ;

- le moyen tiré de l'article 3-1 de la Convention internationale relatives aux droits de l'enfant doit être écarté .

Vu :

- les pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- la convention de New-York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Tomi première conseillère en qualité de juge des référés ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu lundi 11 mars 2024 à 13h30, heure locale, le juge des référés siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme C étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Lors de l'audience publique le juge des référés a présenté son rapport.

Ont été entendus :

- Me Mohamed, pour Mme A, et Mme A ;

- Le préfet de Mayotte n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A ressortissante comorienne née le 2 septembre 1985 a été interpellée à la suite d'un contrôle d'identité le 8 mars 2024, en situation irrégulière à Mayotte et a fait l'objet le même jour d'un arrêté portant obligation de quitter sans délai le territoire français à destination des Comores avec interdiction de retour sur le territoire français, ainsi que d'un arrêté la plaçant en rétention en vue de son éloignement. Elle demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " ;

3. La requérante a été placée en rétention administrative en vu de son éloignement imminent vers les Comores ; dans ces conditions, elle justifie de l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative pour demander la suspension de l'obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Pour se prévaloir de l'existence d'attaches familiales sur le territoire, Mme A indique avoir développé des liens personnels depuis 2019 sur le territoire, à Mayotte, indiquant vivre chez sa sœur et avoir eu une relation avec M. B, de nationalité française et père de son enfant né en 2020 également français. Elle précise contribuer à l'entretien et à l'éducation de cet enfant de même que le père de l'enfant qui lui verserait 500 euros par mois. Cependant, les pièces qu'elle produit ne permettent ni de confirmer la réalité de la relation entre l'enfant et son père, dont l'adresse figurant sur sa carte d'identité, confirmée à l'audience par Mme A est située à Pau dans les Pyrénées orientales, l'avis d'impôt versé faisant mention de son seul nom, ni que ce dernier contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de cet enfant, les explications données à l'audience concernant les retraits qu'elle effectuerait au guichet de la banque au moyen de la carte bancaire du père dont elle est en possession, n'étant attestés par aucun document. Quant à sa propre part contributive, elle indique être dépourvue de ressources et ne démontre dès lors pas être en mesure d'assumer la charge de son enfant. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir qu'en prenant l'arrêté attaqué le préfet a porté une atteinte grave et manifeste à une liberté fondamentale ni à l'intérêt supérieur de l'enfant alors qu'elle ne justifie d'aucune circonstance particulière qui s'opposerait à ce que la cellule familiale qu'elle constitue avec ce dernier se recompose aux Comores, étant d'ailleurs en possession d'un passeport délivré par cet état, en cours de validité.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A et au préfet de Mayotte.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre mer pour information.

Fait à Mamoudzou, le 12 mars 2024.

Le juge des référés,

N. TOMI

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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