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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2400413

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2400413

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2400413
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le samedi 9 mars 2024 M. B représenté par Me Ghaem demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de :

1°) suspendre l'exécution de l'arrêté du 8 mars 2024 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, fixé le pays de destination avec interdiction de retour pendant un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de le recevoir dans un délai qui ne saurait excéder 8 jours et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour le temps de l'instruction de sa demande de titre de séjour en application de l'article L. 423-23 du CESEDA ;

3°) de Condamner le préfet de Mayotte en application des dispositions de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative à verser à M. B la somme de 1.500 € au titre des frais irrépétibles.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que placé au centre de rétention il est sur le point d'être éloigné ;

- il a droit à un recours effectif sur le fondement de l'article 13 de la CEDH ;

-la décision porte atteinte à son droit au respect à la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la CEDH.

Par un mémoire enregistré le 11 mars 2024, présenté par Me Rannou, Centaure avocats, pour le préfet de Mayotte, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition de l'urgence n'est pas contestée ;

- le moyen tiré de l'article 8 de la CEDH n'est pas fondé ;

- le moyen fondé sur l'article 13 de la CEDH est inopérant ;

- les moyens dirigés contre l'IRTF sont inopérants.

Vu :

- les pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du Tribunal a désigné Mme Tomi première conseillère , en qualité de juge des référés ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le lundi 11 mars 2018 à 13h30, heure locale, le juge des référés siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme A étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Lors de l'audience publique le juge des référés a présenté son rapport.

A été entendu :

- M. B, en l'absence de son avocat, le préfet de Mayotte n'étant pas représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B ressortissant comorien né le 25 novembre 2001 a été interpellé le 8 mars 2024 en situation irrégulière à Mayotte et a fait l'objet le même jour d'un arrêté portant obligation de quitter sans délai le territoire français à destination des Comores avec interdiction de retour sur le territoire français, ainsi que d'un arrêté le plaçant en rétention en vue de son éloignement. Il demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre la mesure d'éloignement du territoire français ainsi que l'interdiction de retour dont il fait l'objet.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " ;

3. M. B a été placé en rétention administrative en vue de son éloignement imminent vers les Comores ; dans ces conditions, il justifie de l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative pour demander la suspension de l'obligation de quitter le territoire français sans délai.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. M. B soutient être arrivé à Mayotte en 2002 avec sa mère et y avoir ses centres d'intérêt familiaux, ayant toujours vécu avec sa mère et son beau-père et ses cinq demi-frères et sœurs également français nés entre 2008 et 2020. Il mentionne en outre avoir fait une demande de titre de séjour rejetée par arrêté du 25 mai 2023. Il indique par ailleurs avoir effectué sa scolarité jusqu'à l'obtention d'un CAP bijouterie en juin 2019. Cependant, s'il justifie de l'ancienneté de son séjour sur le territoire, au moins depuis l'année 2013, en produisant plusieurs pièces attestant d'une scolarité continue, notamment des certificats de scolarité et aussi des bulletins scolaires, il ne justifie plus de sa présence à Mayotte entre les années 2020 et 2022 autrement que par une attestation établie par une association, une attestation de vaccination et par un " laisser passer " lui ayant permis d'obtenir un passeport délivré le 10 novembre 2022 par les autorités comoriennes témoignant de l'existence d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par ailleurs l'arrêté du 25 mai 2023 portant refus d'admission au séjour auquel il fait référence mentionne le caractère falsifié des factures produites pour attester sa présence sur le territoire au cours des années 2020 et 2021. En outre, s'il se prévaut d'intérêts familiaux en France, notamment avec ses parents, il n'est pas contesté que ces derniers sont partis vivre à la Réunion en 2019 où plusieurs de ses demi-frères et sœurs sont scolarisés. Quant aux relations qu'il entretiendrait avec son frère aîné d'un an, si celui-ci indique à l'audience assumer sa charge effective, notamment en l'hébergeant à son domicile, il est contredit par l'attestation d'hébergement versée par le requérant rédigée par un tiers domicilié à une autre adresse, attestant ainsi de la précarité de sa situation. Il résulte enfin des pièces produites et des éléments recueillis à l'audience que s'il s'est engagé en septembre 2023 dans une formation qui devait durer un an, pour devenir agent de sécurité, il l'a abandonnée après deux mois, selon lui en raison du contexte de dangerosité à Mayotte, de sorte que depuis cette date il ne justifie d'aucunes ressources ni d'une quelconque insertion socio-professionnelle. Dans ces conditions, il n'établit pas la réalité des centres d'intérêts familiaux dont il se prévaut sur le territoire français et n'est donc pas fondé à soutenir que par l'arrêté litigieux le préfet aurait porté une atteinte grave et manifeste à sa vie privée et familiale.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et au préfet de Mayotte.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer pour information.

Fait à Mamoudzou, le 12 mars 2024.

Le juge des référés,

N. TOMI

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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