lundi 11 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2400415 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 mars 2024, Mme B A née le 10 janvier 1993 doit être regardée comme demandant au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative de suspendre l'arrêté n° 3815 du 9 mars 2024 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai.
Elle soutient que :
-la décision d'éloignement porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme en ce qu'elle est parent d'un enfant français.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné Mme Tomi, première conseillère, en qualité de juge des référés.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante malgache demande, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, l'annulation de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire du 8 mars 2024 qui doit s'interpréter comme une demande de suspension.
Sur les conclusions fondées sur l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L.522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L.521-1 et L.521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L.522-1. ".
3. Mme A a été interpellée le 9 mars 2024, par les services de la police aux frontières, elle a fait l'objet d'une mesure d'éloignement et a été placée au centre de rétention administrative. Dès lors elle justifie d'une situation d'urgence.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention la convention européenne des droits de l'homme : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui.
5. Si Mme A soutient être la mère d'un enfant de nationalité française, elle ne produit ni l'acte de naissance de cet enfant ni de document attestant de sa nationalité française mais seulement un acte d'état civil d'enregistrement d'une déclaration de changement de nom de l'enfant dont les mentions relatives au père ne permettent pas de corroborer ses affirmations, alors qu'elle décrit ce dernier dans sa requête comme " défaillant ". En l'absence de document probant, elle n'établit donc pas qu'elle serait effectivement parent d'un enfant français ni qu'elle contribuerait à l'entretien et à l'éducation de cet enfant, alors qu'elle indique par ailleurs être dans l'attente d'un passeport en cours d'établissement par les autorités de son pays d'origine, ce qui atteste au contraire de l'existence d'attaches familiales dans ce pays. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué a porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect à la vie privée et familiale.
6. Il résulte de ce précède que les conclusions de la requête de Mme A doivent être rejetées dans leur intégralité sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A et au préfet de Mayotte.
Copie au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Mamoudzou, le 11 mars 2024.
Le juge des référés,
N. TOMI
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier