mercredi 13 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2400418 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | AARPI BELLIARD RATRIMOARIVONY CHHANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 mars 2024, Mme C D née le 2 mai 1999, représentée par Me Ratrimoarivony, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de :
1°) suspendre l'arrêté n° 3897du 10 mars 2024 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français avec interdiction de retour pendant un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de deux mois et, dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que placé au centre de rétention elle est sur le point d'être éloignée ;
- la décision porte atteinte à son droit au respect à une vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la CEDH en ce qu'elle est la mère d'un enfant français à l'entretien et à l'éducation duquel elle contribue ainsi que le père de l'enfant ;
-elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors que son enfant, de nationalité française n'a pas vocation à quitter le territoire.
Par un mémoire enregistré le 12 mars 2024, présenté par Me Rannou, Centaure Avocats, le préfet conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition de l'urgence n'est pas contestée ;
- le moyen tiré de l'article 8 de la CEDH n'est pas fondé ni celui tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.;
Vu :
- les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne des droits de l'homme et de sauvegarde des libertés fondamentales ;
- la convention de New-York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Tomi première conseillère en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le lundi 12 mars 2024 à 13h30, heure locale, le juge des référés siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme A B étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Lors de l'audience publique le juge des référés a présenté son rapport.
Ont été entendus :
- Me Ratrimoarivony pour Mme D, Mme D, le préfet n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
1. Mme C D ressortissante malgache née le 2 mai 1999 a été interpellée à la suite d'un contrôle d'identité le 10 mars 2024, en situation irrégulière et a fait l'objet le même jour d'une mesure d'éloignement. Elle demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative: " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
3. La requérante a été placée en rétention administrative en vu de son éloignement imminent vers Madagascar, dans ces conditions, elle justifie de l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative pour demander la suspension de l'obligation de quitter le territoire français sans délai.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale.() ".
5. Mme D soutient résider sur le territoire français depuis 2018, de manière continue et y avoir tissé des liens personnels et familiaux, son enfant de nationalité française étant né le 17 août 2019 d'un père français. Toutefois elle n'apporte aucune pièce de nature à établir qu'elle contribue effectivement à son entretien et à son éducation, sous réserve de facture alimentaires éparses, dont deux datées du 13 novembre 2022 et du 22 août 2023 se rapportent à l'achat de produits spécifiques d'un enfant de 3 ou 4 ans, alors qu'elle est sans profession et sans ressources à Mayotte. Elle ne justifie pas d'avantage de la contribution du père de l'enfant dont elle indique être séparée, en se bornant à produire une attestation établie par ce dernier mentionnant qu'il contribue " en donnant de l'argent et faisant des achats " sans joindre de quelconque justificatif de versement effectif, ni d'ailleurs établir qu'il entretiendrait en réalité des relations avec son enfant. Dans ces conditions elle ne justifie d'aucune circonstance particulière qui s'opposerait à ce que la cellule familiale qu'elle constitue avec son enfant se recompose à Madagascar. Par suite, la mesure d'éloignement litigieuse ne révèle aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ni à l'intérêt supérieur de l'enfant.
6. Il résulte de ce qui précède, que la requête de Mme D doit être rejetée en toutes ses conclusions.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer pour information.
Fait à Mamoudzou, le 12 mars 2024.
Le juge des référés,
N. TOMI
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,