mercredi 13 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2400420 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | DEDRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 mars 2024, Mme C A B, représentée par Me Dedry, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 9 juin 2023 par lequel le préfet de Mayotte a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français à destination des Comores dans le délai d'un mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que le recours contre la mesure d'éloignement n'est pas suspensif et qu'ainsi elle est exposée à un éloignement imminent vers son pays d'origine ;
- les moyens de légalité externe tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée, la méconnaissance du droit d'être entendu protégé par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne sont, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ;
- le refus de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle et il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la mesure d'éloignement est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie d'exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Vu :
- la requête enregistrée le 14 août 2023 sous le numéro n°2303434 par laquelle la requérante demande l'annulation de l'arrêté attaqué du 9 juin 2023 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée () ".
2. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressée. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
3. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision litigieuse, Mme C A B, ressortissante comorienne née le 22 septembre 2003, soutient que son éloignement est imminent. Toutefois, cette seule circonstance ne saurait, à elle seule, suffire à caractériser l'urgence alors que la requérante a demandé au juge des référés par sa requête enregistrée le 11 mars 2024 la suspension de l'exécution de la décision du 9 juin 2023, dont elle a eu connaissance au plus tard le 14 août 2023, date d'enregistrement de sa requête au fond, soit sept mois après la notification de cette dernière, et ne formule aucune explication particulière sur ce délai de saisine au regard de l'urgence qu'il y aurait à statuer, au demeurant, sur une première demande de titre de séjour.
4. De plus et en tout état de cause, en l'état de l'instruction, aucun des moyens de la requête, ci-dessus analysés, n'est susceptible de créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.
5. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de Mme A B doit être rejetée en toutes ses conclusions, en application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A B et au préfet de Mayotte.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.
Fait à Mamoudzou, le 13 mars 2024.
Le juge des référés,
T. SORIN
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.