mercredi 20 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2400465 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 mars 2024, Mme B C, représentée par Me Ali, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 13 mars 2024 du préfet de Mayotte lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour sur le territoire ;
3°) d'enjoindre au préfet d'organiser son retour à Mayotte dans un délai de sept jours et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du renouvellement de son titre de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie compte tenu de l'isolement à Mayotte de ses enfants mineurs ;
- l'arrêté porte une atteinte grave et manifestement illégale aux droits consacrés par :
- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 18 mars 2024, le préfet de Mayotte, représenté par Me Rannou, conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions.
Il soutient que l'arrêté du 13 mars 2024 a été retiré par un arrêté du 18 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 18 mars 2024 à 14h (heure de Mayotte), le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion, dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, M. A étant greffier d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Felsenheld, juge des référés ;
- et les observations de Me Ali qui demande en outre que l'injonction soit assortie d'une astreinte de 300 euros par jour de retard et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'Etat en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré a été enregistrée le 19 mars 2024 pour Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante malgache, née le 11 mars 1973 à Madagascar, demande, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte du 13 mars 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Compte tenu de l'urgence la requérante est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
3. Il résulte de l'instruction que par un arrêté du 18 mars 2024 le préfet de Mayotte a retiré son arrêté du 13 mars 2024 faisant obligation à Mme C de quitter le territoire français et lui interdisant le retour en France. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à la suspension de l'arrêté du 13 mars 2024.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, que ce soit le fait des institutions publiques ou privées, de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
6. Il résulte de l'instruction que Mme C réside à Mayotte depuis au moins l'année 2017. Elle est la mère de deux enfants de nationalité française nés à Madagascar en 2009 et à Mayotte en 2017, dont elle justifie contribuer à l'entretien et à l'éducation. Le père des enfants est décédé le 25 aout 2023. La requérante justifie avoir été titulaire d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " régulièrement renouvelé entre le mois de mai 2019 et le 23 septembre 2023 en qualité de parent d'enfants français. Elle soutient, sans être contredite par le préfet, que la demande de renouvellement de son titre de séjour, qu'elle atteste avoir initiée par la production d'un courrier de la préfecture, n'a pu aboutir faute d'avoir été convoquée pour retirer son nouveau titre de séjour. Elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 13 mars 2024 et a été éloignée à destination de Madagascar le 15 mars suivant. Dans ces conditions Mme C est fondée à soutenir que le préfet en mettant à exécution l'obligation de quitter le territoire, a porté, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte manifestement grave et illégale au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de ses enfants. Compte tenu de la minorité de ses enfants, de leur jeune âge et de leur isolement à Mayotte en l'absence de parent, la requérante est fondée à soutenir que la situation présente un caractère d'urgence.
Sur les autres conclusions de la requête :
7. Compte tenu des motifs de la présente ordonnance, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Mayotte de prendre toutes mesures, avec le concours des autorités consulaires françaises à Madagascar de nature à permettre le retour à Mayotte de Mme C dans un délai de huit jours, de lui délivrer à son retour une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir, pour l'heure, cette injonction d'une astreinte.
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner l'Etat à verser à Me Ali la somme globale de 800 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que la requérante soit admise définitivement à l'aide juridictionnelle et qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
ORDONNE :
Article 1er : Mme C est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à la suspension de l'arrêté du 13 mars 2024.
Article 3 : Il y a lieu d'enjoindre au préfet de Mayotte de prendre toutes mesures, avec le concours des autorités consulaires françaises à Madagascar de nature à permettre le retour à Mayotte de Mme C dans un délai de huit jours, de lui délivrer à son retour une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : L'Etat versera à Me Ali une somme globale de 800 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle et que la requérante soit admise définitivement à l'aide juridictionnelle.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Me Ali, Mme B C et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Fait à Mamoudzou, le 20 mars 2024.
Le juge des référés,
R. FELSENHELD
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.