samedi 13 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2400498 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 mars 2024 et le 3 avril 2024, M. B A, représenté par Me Ghaem, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet de Mayotte, en exécution de l'ordonnance du juge des référés n° 2304720 du 26 février 2024, de le recevoir sans délai et de procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence est caractérisée, dès lors que le rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides s'oppose, malgré son recours devant la Cour nationale du droit d'asile, à ce qu'il puisse être recruté par l'association Musique à Mayotte ;
- sa demande d'asile ne s'oppose pas à ce qu'en exécution de l'ordonnance n° 2304720 du 26 février 2024 du juge des référés, le préfet de Mayotte enregistre sa demande de titre de séjour, dès lors que son dossier est complet.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 avril 2024, le préfet de Mayotte, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'ordonnance n° 2304720 du 26 février 2024 du juge des référés a été exécutée ;
- le requérant, titulaire d'une attestation de demandeur d'asile, est en séjour régulier ;
- l'intéressé n'apporte aucun élément nouveau.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance n° 2304720 du 26 février 2024 du juge des référés du présent tribunal.
Vu :
- la convention européenne des droits de l'homme ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ramin, premier conseiller, en qualité de juge des référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties de l'audience, qui a eu lieu le 4 avril 2024 à 14h30, dans les conditions prévues aux articles L. 781-1 et R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, le juge des référés siégeant au tribunal administratif de La Réunion, assisté de Mme Moendadze, greffière d'audience présente au tribunal administratif de Mayotte.
Au cours de l'audience publique, ont été entendus :
- le rapport de M. Ramin, juge des référés ;
- les observations de M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et soutient en outre que son statut de demandeur d'asile ne s'oppose pas à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour ;
- et les observations de Me Ben Attia, substituant Me Rannou, représentant le préfet de Mayotte, qui conclut aux mêmes fins, par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".
2. Aux termes de l'article L. 911-4 du même code : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. / Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte. ".
3. Par ordonnance n° 2304720 du 26 février 2024, le juge des référés du présent tribunal, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint au préfet de Mayotte de communiquer à M. A, dans un délai de dix jours à compter de la notification de cette ordonnance, une date de rendez-vous en vue de procéder, si son dossier est complet, à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour. Il a rejeté les conclusions de l'intéressé tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour, dès lors que cette délivrance est conditionnée au caractère complet du dossier effectivement déposé. Dans le cadre de la présente instance, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 911-4 du même code, d'enjoindre au préfet de Mayotte d'exécuter cette ordonnance et donc de le recevoir sans délai en vue de procéder à l'enregistrement de son dossier de demande de titre de séjour, lequel est complet, et de lui délivrer, sous astreinte, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
4. Il résulte de l'instruction qu'en exécution de l'ordonnance du juge des référés du 26 février 2024, le préfet de Mayotte a communiqué à M. A une date de rendez-vous, fixée au 14 mars 2024, en vue de procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour. L'intéressé s'est présenté auprès des services de préfecture avec un dossier identique à celui précédemment transmis par courrier recommandé, reçu le 7 décembre 2023. Si le préfet ne conteste pas le caractère complet de ce dossier, il ressort du document qui lui a été remis au guichet et des débats que M. A a alors souhaité consulter son avocat avant de déposer sa demande de titre de séjour, l'administration refusant de l'enregistrer s'il ne se désistait pas de sa demande d'asile. Celle-ci, introduite le 5 février 2021, a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 7 février 2022, que M. A a contestée devant la Cour nationale du droit d'asile, devant laquelle l'instance est encore pendante. Ainsi, l'intéressé reste titulaire d'une attestation de demande d'asile valable jusqu'au 27 mai 2024, qui cependant ne l'autorise pas à travailler. Le requérant, qui en sa qualité de pianiste dispose d'une promesse d'embauche sérieuse délivrée par l'association Musique à Mayotte, soutient notamment que son statut de demandeur d'asile ne s'oppose pas à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour. Toutefois, le refus d'enregistrement que le préfet lui oppose procède d'un litige distinct de celui sur lequel le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a statué en ordonnant une mesure ne faisant obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. Dans les circonstances de l'espèce et nonobstant l'intervention de cette décision de refus, nouvelle, l'ordonnance du 26 février 2024 doit être regardée comme ayant été exécutée.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A, tendant à l'exécution de l'ordonnance du juge des référés du 26 février 2024, doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B A et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.
Fait à Mamoudzou, le 13 avril 2024.
Le juge des référés,
V. RAMIN
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.