lundi 25 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2400511 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrés les 22 et 23 mars 2024, Mme C A, représentée par Me Mohamed, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 22 mars 2024 du préfet de Mayotte lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de dix jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, en raison du caractère exécutoire de l'obligation de quitter le territoire français ;
- l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte grave et manifestement illégale aux droits consacrés par :
- les textes qui garantissent son droit à l'instruction ;
- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2024, le préfet de Mayotte, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 25 mars 2024 à 14h (heure de Mayotte), le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion, dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, M. B étant greffier d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Felsenheld, juge des référés ;
- et les observations de Me Mohamed avocat de Mme A qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et qui ajoute que la mère de la requérante réside à Mayotte de sorte qu'elle est dépourvue d'attaches aux Comores.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, ressortissante comorienne, née le 25 mai 2003 aux Comores, demande, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
4. Il résulte de l'instruction que Mme A réside à Mayotte depuis l'année 2017 ou 2018 pour laquelle elle justifie, par la production d'un certificat de scolarité, d'une inscription en classe de 5ème. En outre, elle établit avoir suivi une scolarité à Mayotte depuis cette date jusqu'à ce jour où elle est inscrite en classe de terminale. Toutefois, la seule production de certificats de scolarité ne permet pas d'établir une insertion particulière par la scolarité en l'absence de production de bulletins de notes et de diplômes ainsi que d'éléments permettant de justifier de son assiduité. En outre, il résulte de l'instruction que le père de Mme A, qui a obtenu la nationalité française par déclaration en 2009, réside à Marseille. Par ailleurs, si Mme A fait valoir que sa mère réside à Mayotte, elle n'en justifie pas. Ainsi, en l'état des pièces produites, Mme A n'établit pas être dépourvue d'attaches aux Comores. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que sa sœur jumelle a obtenu d'une ordonnance du juge des référés du tribunal administratif une injonction tendant à ce que le préfet lui délivre une autorisation provisoire de séjour, ce document ne lui ouvre pas un droit au séjour de manière stable et permanente en France. Au surplus, si Mme A se prévaut de l'ordonnance rendue au bénéfice de sa sœur, il résulte des termes de celle-ci que les sœurs ne sont pas dans une situation identique. Dans ces conditions Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire sans délai, a porté, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte manifestement grave et illégale à son droit au respect de la vie privée et familiale.
5. Par ailleurs, Mme A, étant majeure à la date de la décision litigieuse, elle ne peut utilement soutenir que cette décision porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à l'instruction.
6. Il en résulte que toutes les conclusions de la requête de Mme A doivent être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Mamoudzou, le 25 mars 2024.
Le juge des référés,
R. FELSENHELD
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.