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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2400612

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2400612

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2400612
TypeOrdonnance
Avocat requérantKOURAVY MOUSSA-BE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 avril 2024, M. A C, représenté par Me Kouravy Moussa-Bé, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre les effets de l'arrêté n°5598/2024 du 2 avril 2024 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire pendant une durée d'une année ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de Mayotte de procéder au réexamen de sa demande de délivrance de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

4°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, une autorisation provisoire de séjour ;

5°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de Mayotte, d'organiser aux frais de l'Etat et par tous moyens, son retour sous astreinte de 500 euros par jour de retard et dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Kouravy Moussa-Bé en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il est exposé à un éloignement imminent vers son pays d'origine ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article L. 611-3 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne peut être éloigné, compte tenu de sa nationalité française par filiation paternelle, par application des dispositions de l'article L. 110-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 avril 2024, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision, prise en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné Mme Khater, vice-présidente, en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 8 avril 2024 à 10 heures (heure de Mayotte), la magistrate constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal de La Réunion dans les conditions prévues aux articles L. 781-1 et R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, M. B étant greffier d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Khater, juge des référés,

- les observations de M. C, présent sans son avocat,

- et les observations de Me Ben Attia représentant le préfet de Mayotte qui confirme ses précédentes écritures.

La clôture de l'audience a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 4 avril 2024 le préfet de Mayotte a fait obligation à M. A C, ressortissant comorien né le 15 janvier 2006, de quitter le territoire français sans délai, à destination des Comores et lui a interdit le retour sur le territoire pendant une durée d'une année. Par la présente requête, M. C demande au juge des référés la suspension des effets de cet arrêté, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Compte tenu de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. C à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "

4. L'intervention du juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonnée à l'existence d'une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures pour assurer la sauvegarde d'une liberté fondamentale. En l'espèce, la condition d'urgence est remplie dès lors que le requérant est susceptible d'être éloigné à tout moment vers Les Comores en exécution de la mesure d'éloignement dont il demande la suspension. Il n'existe, en revanche, aucune urgence à ce que le juge administratif, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2, statue dans le délai de quarante-huit heures pour suspendre l'interdiction qui lui est faite de revenir sur le territoire français, dès lors que cette mesure ne produit par elle-même aucun effet tant que le requérant se trouve sur le territoire national. Les conclusions de la requête présentées à cette fin doivent donc être rejetées.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Il ressort des pièces versées aux débats que M. C est entré régulièrement sur le territoire en 2012 et fait état de sa présence ancienne et réelle à Mayotte depuis lors. Il justifie de sa scolarisation continue sur l'île de l'année scolaire 2013-2014 à l'année scolaire 2023-2024, année de sa terminale, par la production de ses certificats de scolarité, de bulletins trimestriels et d'une copie de son diplôme national du brevet établi le 5 juillet 2021. En outre, le requérant justifie de l'absence d'attaches personnelles dans son pays d'origine et de la présence du centre de ses intérêts personnels et familiaux sur le territoire. Compte tenu des conditions de son séjour à Mayotte, la mesure d'éloignement édictée a donc porté à M. C une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. M. C est, dès lors, fondé à en demander la suspension.

Sur les autres conclusions de la requête :

7. Compte tenu des motifs de la présente ordonnance, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours suivant la notification de la présente ordonnance.

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les effets de l'arrêté du 2 avril 2024 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire pendant une durée d'une année sont suspendus.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de délivrer à M. C une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente décision dans l'attente du réexamen de sa situation.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Fait à Mamoudzou, le 8 avril 2024.

La juge des référés,

A. KHATER

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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