mardi 9 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2400619 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 avril 2024, Mme B A, représentée par Me Ratrimoarivony, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 5925/2024 du 8 avril 2024, en tant que le préfet de Mayotte l'a obligée à quitter le territoire français sans délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence est caractérisée par l'éloignement imminent auquel elle est exposée ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne des droits de l'homme ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ramin, premier conseiller, en qualité de juge des référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante comorienne née vers 1981, a été placée en rétention administrative le 8 avril 2024, à la suite d'un contrôle d'identité. Mme A demande à titre principal au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 5925/2024 du 8 avril 2024, en tant que le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci () est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
3. Mme A, ressortissante comorienne née vers 1981, soutient qu'elle réside depuis vingt-quatre ans à Mayotte où sont nés ses trois enfants et qu'elle y vit chez sa fille aînée, accompagnée de sa fille mineure née en 2008. Toutefois, la requérante ne peut utilement se prévaloir, ni de la nationalité française de sa fille majeure, qui déclare l'héberger à Dembéni alors que sa fille cadette est scolarisée à Mamoudzou, ni de la déclaration de nationalité déposée pour cette dernière, dont il n'est pas établi qu'elle aurait reçu une suite favorable. Par les seuls documents qu'elle verse à l'appui de ses allégations, en particulier des récépissés de demande de titre de séjour qui lui ont été délivrés en 2019, la copie de carnets de santé, des avis de non-imposition, des factures datant pour l'essentiel de 2019 et 2021 à 2023, des certificats de scolarité et des reçus de paiement de collations scolaires, Mme A, à supposer même que sa fille mineure aurait été scolarisée à Mayotte avant 2019, n'établit pas le caractère ancien et continu de son séjour sur le territoire français. Tandis qu'elle ne soutient ni même n'allègue avoir une communauté de vie avec le père de ses enfants, le titre de séjour dont celui-ci est titulaire ne démontre pas davantage l'ancrage de ses attaches sur le territoire. En outre, Mme A, qui n'apporte aucune précision au sujet de son fils né en 2006, ne justifie pas que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer aux Comores, pays dont elle a la nationalité. Dans ces conditions, alors même qu'elle fait valoir une situation d'urgence, résultant de son placement en rétention administrative en vue de son éloignement imminent, Mme A n'est manifestement pas fondée à soutenir qu'en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, le préfet de Mayotte aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales qui s'attachent à son droit au respect de sa vie privée et familiale et, à supposer qu'elle ait entendu soulever un tel moyen, à l'intérêt supérieur de ses enfants.
4. Il y a lieu, par suite, de rejeter la requête de Mme A dans l'ensemble de ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du même code.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme B A et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.
Fait à Mamoudzou, le 9 avril 2024.
Le juge des référés,
V. RAMIN
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.