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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2400638

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2400638

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2400638
TypeOrdonnance
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 avril 2024, M. C B A, représenté par Me Hesler, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 6227/2024 du 11 avril 2024, en tant que le préfet de Mayotte l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée par l'éloignement imminent auquel il est exposé ;

- l'arrêté contesté porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 avril 2024, le préfet de Mayotte, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie, en ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ;

- aucun des autres moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne des droits de l'homme ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ramin, premier conseiller, en qualité de juge des référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience, qui a eu lieu le 15 avril 2024 à 14h30, dans les conditions prévues aux articles L. 781-1 et R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, le juge des référés siégeant au tribunal administratif de La Réunion, assisté de Mme Moendadze, greffière d'audience présente au tribunal administratif de Mayotte.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de M. Ramin, juge des référés ;

- les observations de Me Hesler, représentant M. B A, et de l'intéressé, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens ;

- et les observations de Me Ben Attia, substituant Me Rannou, représentant le préfet de Mayotte, qui conclut aux mêmes fins, par les mêmes moyens et soutient en outre que la condition d'urgence n'est plus remplie, le placement en rétention ayant pris fin.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B A, ressortissant comorien né le 25 juin 2002, a été placé en rétention administrative le 11 avril 2024. Par arrêté n° 6227/2024 du même jour, le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée d'un an. M. B A demande à titre principal au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté, en tant qu'il lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et fixe le pays de destination.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ".

3. L'intervention du juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, est subordonnée à l'existence d'une situation d'urgence impliquant qu'une mesure doive être prise à très bref délai pour assurer la sauvegarde d'une liberté fondamentale. En l'espèce, alors que M. B A était placé en rétention administrative dans l'attente de son éloignement vers les Comores, le juge des libertés et de la détention a mis fin à cette mesure en cours d'instance. Toutefois, le requérant, qui fait valoir son ancrage à Mayotte et le risque d'éloignement auquel il reste exposé, malgré sa demande de titre de séjour, justifie de l'existence d'une urgence, au sens des dispositions précitées, à ce qu'il soit statué sur sa demande de suspension de l'exécution de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Il résulte de l'instruction que M. B A, ressortissant comorien âgé de vingt-deux ans, réside à Mayotte depuis sa naissance. L'intéressé justifie y avoir suivi l'intégralité de sa scolarité, de 2008 à 2022, jusqu'à son admission aux épreuves du premier groupe du baccalauréat professionnel de la spécialité " technicien du froid et du conditionnement de l'air ". Il a été admis au centre universitaire de Mayotte au titre de l'année 2022-2023, dans le cycle du diplôme d'établissement " Parcours pour réussir et s'orienter " (PaRéO). S'il indique avoir abandonné ses études et s'il ne peut utilement se prévaloir d'être père d'un enfant de quatre mois, né de son union avec une ressortissante comorienne qui n'est pas en situation régulière au regard du droit au séjour, M. B A, pris en charge financièrement par son père qui est titulaire d'un titre de séjour, démontre la continuité et l'ancienneté de son séjour sur le territoire, où ses attaches sont ancrées. Le requérant justifie avoir présenté une demande de titre de séjour, dont le récépissé lui a été délivré le 4 octobre 2022 et dont le préfet ne précise pas l'issue. Dans ces conditions, M. B A est fondé à soutenir qu'en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire sans délai, assorti d'une décision fixant les Comores comme pays de destination, le préfet de Mayotte a porté, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, il y a lieu de suspendre l'exécution de ces deux décisions.

6. Dans les circonstances de l'espèce et en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Mayotte de délivrer sans délai à M. B A une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de deux mois suivant la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 700 euros au titre des frais exposés par M. B A et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte du 11 avril 2024, en tant qu'il fait obligation à M. B A de quitter le territoire français sans délai et fixe le pays de destination, est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de délivrer sans délai à M. B A une autorisation provisoire de séjour et de procéder, dans un délai de deux mois, au réexamen de sa situation.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 700 euros à M. B A, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. C B A et au préfet de Mayotte.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Fait à Mamoudzou, le 16 avril 2024.

Le juge des référés,

V. RAMIN

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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