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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2400649

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2400649

lundi 15 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2400649
TypeOrdonnance
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 avril 2024, M. B A, représenté par Me Belliard, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de Mayotte d'organiser, avec le concours des autorités consulaires aux Comores, son retour à Mayotte sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il a effectué toutes les demandes possibles pour revenir légalement sur le territoire français après la suspension de l'interdiction de retour sur le territoire, et alors que son épouse et leurs sept enfants, dont trois de nationalité française, résident à Mayotte ;

- en refusant de lui délivrer un laisser passer, le préfet porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'intérêt supérieur de ses enfants, alors qu'il dispose d'un droit au séjour à Mayotte depuis le jugement du tribunal administratif de Mayotte du 5 janvier 2024.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 avril 2024, le préfet de Mayotte, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'il n'existe aucune urgence et aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne des droits de l'homme et de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision, prise en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné Mme Baizet, première conseillère, en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 15 avril 2024 à 14h00 (heure de Mayotte), la magistrate constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme C étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Baizet, juge des référés,

- les observations de Me Sunar pour M. A, non présent,

- les observations de Me Ben Attia pour le préfet de Mayotte.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de Mayotte a fait obligation le 9 juin 2023 à M. B A de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour pendant une durée d'un an. Par une ordonnance n° 2302626 du 14 juin 2023, le juge des référés a prononcé un non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire, en raison de l'éloignement de l'intéressé, et a suspendu les effets de la décision portant interdiction de retour. Par un jugement n°2203588 du 5 janvier 2024, le tribunal administratif de Mayotte a annulé la décision implicite par laquelle le préfet de Mayotte a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour et enjoint audit préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois. M. A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de Mayotte d'organiser, avec le concours des autorités consulaires aux Comores, son retour à Mayotte sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

4. Il résulte de l'instruction que le juge des référés du tribunal a, par une ordonnance n° 2302626 du 14 juin 2023, suspendu la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. B A le 9 juin 2023. Par un jugement n°2203588 du 5 janvier 2024, le tribunal a annulé la décision implicite par laquelle le préfet de Mayotte a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour et lui a enjoint de délivrer ledit titre dans un délai de deux mois. M. A, éloigné aux Comores depuis juin 2023, a demandé le 20 février 2024, par l'intermédiaire de son avocat, à bénéficier d'un laisser passer ou d'un visa d'entrée pour pouvoir regagner Mayotte, en mentionnant le jugement susvisé du tribunal enjoignant au préfet de lui délivrer un titre de séjour. Convoqué à l'ambassade de France de Moroni le 21 février 2024 pour un rendez-vous le 6 mars 2024, M. A soutient sans être contredit que l'ambassade a refusé d'enregistrer sa demande au motif qu'il devait se rapprocher de la préfecture de Mayotte. M. A a alors, le 10 mars 2024, par l'intermédiaire de son avocat, demandé au préfet de Mayotte de lui délivrer un laisser- passer ou de trouver toute solution pour permettre son retour, en précisant qu'il s'engageait à régler les frais de son voyage retour. Le préfet de Mayotte a convoqué l'intéressé pour un rendez-vous en préfecture le 13 mars 2024 afin qu'il fournisse les pièces nécessaires à l'émission de son titre de séjour, sans toutefois répondre à sa demande de laisser passer ou de visa. M. A n'a donc pu honorer ce rendez-vous. Il résulte de ces éléments que M. A ne peut régulariser sa situation et retirer le titre de séjour auquel il a légalement droit par la seule inaction du préfet de Mayotte. Par ailleurs, il résulte également de l'instruction, et ainsi que l'a relevé le tribunal dans son jugement du 5 janvier 2024, que M. A est présent à Mayotte depuis plus de vingt ans où il séjourne à une adresse stable en compagnie de sa compagne, en situation régulière, et de leurs sept enfants nés à Mamoudzou en 2001, 2002, 2006, 2008, 2011, 2014 et 2016, dont trois français majeurs. Dans ces conditions, M. A justifie d'une situation d'urgence et est fondé à soutenir qu'en refusant de mettre en œuvre toute action pour qu'il puisse revenir légalement à Mayotte afin de retirer en préfecture le titre de séjour auquel il peut légalement prétendre et afin de reconstituer sa cellule familiale dans les plus brefs délais, le préfet de Mayotte porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de mener une vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de ses enfants.

5. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Mayotte de prendre toutes mesures, avec le concours des autorités consulaires françaises aux Comores, de nature à permettre le retour à Mayotte de M. A dans un délai de 72 heures. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte de 500 euros par jour de retard.

Sur les frais exposés :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 500 euros à verser à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de Mayotte d'organiser, avec le concours des autorités consulaires françaises aux Comores, le retour à Mayotte de M. A dans un délai de 72 heures sous astreinte de 500 euros par jour de retard.

Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet de Mayotte.

Copie en sera, en outre, transmise au ministre de l'intérieur.

Fait à Mamoudzou, le 15 avril 2024.

La juge des référés,

E. BAIZET

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400649

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