lundi 22 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2400699 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 avril 2024, M. A B, représenté par Me Kaled, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre les effets de l'arrêté n° 6807/2024 du 20 avril 2024 en tant que le préfet de Mayotte l'a obligé à quitter le territoire français sans délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence est caractérisée par le risque d'éloignement auquel il est exposé et par les conséquences de cette mesure sur sa vie privée et familiale ;
- l'obligation de quitter le territoire français a été prise en violation de la convention de Genève relative au statut des réfugiés ;
- cette mesure d'éloignement, eu égard à sa situation personnelle et familiale, et à la situation de danger de mort et de vulnérabilité dans laquelle elle le place, porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir, à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme, ainsi qu'à son droit de ne pas subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants, protégé par l'article 3 de la même convention.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- la convention européenne des droits de l'homme ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ramin, premier conseiller, en qualité de juge des référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant comorien né le 3 mai 1987, est entré irrégulièrement à Mayotte. Contrôlé à la suite d'une infraction de conduite sans permis, il a été placé en rétention administrative le 20 avril 2024. M. B demande à titre principal au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre les effets de l'arrêté n° 6807/2024 du 20 avril 2024, en tant que le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci () est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
3. En premier lieu, s'il affirme, sans la moindre précision, que l'obligation de quitter le territoire français a été prise en violation de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, le requérant, qui n'indique pas la date de son entrée sur le territoire français, ne soutient, ni même n'allègue avoir présenté une demande d'asile. Il ne peut donc utilement se prévaloir d'une atteinte à son droit à l'asile.
4. En deuxième lieu, M. B, qui affirme que sa compagne est en situation régulière au regard du droit au séjour et que deux enfants, nés de leur union, sont scolarisés à Mayotte, n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations, susceptible d'en justifier. En tout état de cause, il ne démontre pas l'ancienneté et la continuité de son séjour à Mayotte, ni l'ancrage de ses attaches sur le territoire. Il n'est donc pas fondé à soutenir que la décision en litige porterait une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
5. En troisième lieu, eu égard à l'irrégularité de son séjour à Mayotte, M. B ne peut utilement se prévaloir d'une méconnaissance de sa liberté d'aller et venir.
6. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme prohibant les traitements inhumains et dégradants n'est pas assorti de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'alors même que M. B fait valoir une situation d'urgence, résultant de son placement en rétention administrative en vue de son éloignement imminent, ses conclusions tendant à la suspension des effets de l'obligation de quitter le territoire français sans délai prise à son encontre sont manifestement infondées. Dès lors, il y a lieu de rejeter la requête de M. B dans l'ensemble de ses conclusions, sans instruction ni audience, par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A B et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.
Fait à Mamoudzou, le 22 avril 2024.
Le juge des référés,
V. RAMIN
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.