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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2400702

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2400702

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2400702
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantALI-MAGAMOOTOO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire de production, enregistrés les 21 et 22 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Ali, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 6854/2024 du 20 avril 2024 en tant que le préfet de Mayotte l'a obligée à quitter le territoire français sans délai ;

3°) d'enjoindre au préfet de Mayotte, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois, et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de Mayotte, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de procéder, sans délai, au réexamen de sa situation et de se prononcer dans un délai de deux mois, et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 2 000 euros, en réparation du préjudice moral subi ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500euros, à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'urgence est caractérisée par l'éloignement imminent auquel elle est exposée ;

- l'obligation de quitter le territoire français contestée porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et à son droit de ne pas subir des traitements inhumains et dégradants, protégé par l'article 3 de la même convention ;

- elle porte également atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant, protégé par le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'exécution de la mesure d'éloignement aurait des conséquences graves sur la santé psychique de sa fille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne des droits de l'homme ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ramin, premier conseiller, en qualité de juge des référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante malgache née le 26 novembre 1988, est entrée irrégulièrement à Mayotte en 2018, selon ses déclarations. Une autorisation provisoire de séjour lui a délivrée le 7 décembre 2022, valable jusqu'au 6 mars 2023. A la suite d'un contrôle d'identité, l'intéressée a été placée en rétention administrative le 20 avril 2024. Mme B demande à titre principal au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 6854/2024 du 20 avril 2024 en tant que le préfet de Mayotte l'a obligée à quitter le territoire français sans délai.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, les conclusions aux fins de condamnation et celles aux fins d'injonction, et sur les frais liés au litige :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci () est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

3. Mme B, née en 1988 à Madagascar, soutient être entrée à Mayotte en 2018, ce que la seule mention déclarative portée sur l'autorisation provisoire de séjour qui lui a été délivrée en décembre 2022 ne suffit pas à établir. Si elle justifie être la mère d'une fille de nationalité française née en 2010 à Madagascar, scolarisée à Mayotte depuis 2020, Mme B n'apporte aucune précision au sujet du père de cette enfant, natif de Mayotte. Par les seules pièces versées au dossier, la requérante n'établit pas que sa fille résiderait avec elle et ne démontre pas sa contribution effective à son entretien et à son éducation. Ainsi et tandis que Mme B ne justifie pas des démarches qu'elle soutient avoir entreprises en vue de la régularisation de sa situation au regard du droit au séjour, la gravité des conséquences sur sa fille de l'exécution de la mesure d'éloignement n'est pas établie. Dans ces conditions, alors même qu'elle fait valoir une situation d'urgence, résultant de son placement en rétention administrative en vue de son éloignement imminent, Mme B n'est manifestement pas fondée à soutenir qu'en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, le préfet de Mayotte aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales qui s'attachent à son droit au respect de sa vie privée et familiale, à son droit de ne pas subir des traitements inhumains et dégradants et à l'intérêt supérieur de l'enfant.

4. Il y a lieu, par suite, de rejeter la requête de Mme B en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du même code.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

5. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Toutefois, aux termes de l'article 7 de la même loi : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, () dénuée de fondement () ".

6. Il résulte de ces dispositions que, la requête de Mme B étant manifestement dénuée de fondement, sa demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle doit être rejetée.

ORDONNE :

Article 1er : Mme B n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme A B et au préfet de Mayotte.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Fait à Mamoudzou, le 23 avril 2024.

Le juge des référés,

V. RAMIN

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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