mardi 23 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2400703 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 et 22 avril 2024, M. B A, représenté par Me Ali, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de prendre toutes mesures, avec le concours des autorités consulaires françaises aux Comores, de nature à permettre son retour à Mayotte dans un délai de huit jours, consécutivement à l'exécution de l'arrêté n° 6857/2024 du 20 avril 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
3°) d'enjoindre au préfet de Mayotte, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer à son retour un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois, et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de Mayotte, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de procéder, dès son retour, au réexamen de sa situation et de se prononcer dans un délai de deux mois, et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500euros, à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'urgence est caractérisée par l'éloignement imminent auquel il est exposé ;
- l'obligation de quitter le territoire français contestée porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu :
- l'ordonnance n° 2203375 du 15 juillet 2022 du juge des référés du présent tribunal ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne des droits de l'homme ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ramin, premier conseiller, en qualité de juge des référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant comorien né le 2 janvier 1987, est arrivé à Mayotte en 2017, selon ses déclarations. Par arrêté du 12 juillet 2022, le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai. Saisi d'une requête en référé liberté dirigée contre cette décision, le juge des référés du présent tribunal a suspendu l'exécution de cette mesure d'éloignement, par ordonnance du 15 juillet 2022. A la suite d'un contrôle ultérieur, l'intéressé a été placé en rétention administrative, le 20 avril 2024. Par arrêté n° 6857/2024 du même jour, le préfet de Mayotte a prononcé à son encontre une mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par une requête déposée le 21 avril 2024 à 11h02, M. A a demandé au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté, en tant que le préfet lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai. Cependant, l'intéressé a été éloigné à destination des Comores le 21 avril 2024, aux alentours de midi. La mesure ayant été exécutée en cours d'instance, M. A, dans le dernier état de ses écritures, demande à titre principal au juge des référés, sur le même fondement, d'enjoindre au préfet de Mayotte de prendre toutes mesures, avec le concours des autorités consulaires françaises aux Comores, de nature à permettre son retour à Mayotte dans un délai de huit jours.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci () est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
3. Il résulte de l'instruction que M. A est arrivé en 2017 à Mayotte, où il a alors suivi une formation de deux jours sur les apports de connaissance sur la gestion et le tri des déchets et les techniques d'animation lors d'évènements. L'attestation de bénévolat établie à Saint-Denis de La Réunion le 17 juin 2019, par la coordinatrice régionale océan Indien de Médecins du Monde, qui comporte des incohérences de dates, ne revêt pas de caractère probant. A supposer même que M. A, qui ne justifie pas de sa qualité d'infirmier alléguée, soit intervenu en tant que bénévole au sein de cette association, puis en août 2021 au sein des équipes de la Croix-rouge française, dans le cadre notamment de la lutte anti-covid, M. A ne justifie pas de ses activités postérieures à cette dernière période. S'il affirme être un soutien pour sa mère malade, titulaire d'un titre de séjour, en l'accompagnant dans ses rendez-vous médicaux et toutes ses démarches, M. A ne justifie, ni du lien de parenté allégué avec celle-ci, ni de la réalité de cette assistance, ni même que sa présence serait indispensable à cet effet, la fille majeure de l'intéressée étant elle-même titulaire d'un titre de séjour dont elle a sollicité le renouvellement. Or, si la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre en juillet 2022 a été suspendue par le juge des référés, M. A ne soutient, ni même n'allègue avoir engagé des démarches depuis lors, en vue de la régularisation de sa situation au regard du droit au séjour. Dans ces conditions, le requérant n'est manifestement pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et en mettant à exécution cette mesure prononcée par arrêté du 20 avril 2024, dans un délai certes contraire aux dispositions de l'article L. 761-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Mayotte aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
4. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. A, par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du même code.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
5. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Toutefois, aux termes de l'article 7 de la même loi : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, () dénuée de fondement () ".
6. Il résulte de ces dispositions que, la requête de M. A étant manifestement dénuée de fondement, sa demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
7. Il résulte de tout ce qui précède, et l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, que les conclusions présentées par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : M. A n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. B A et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.
Fait à Mamoudzou, le 23 avril 2024.
Le juge des référés,
V. RAMIN
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.