mercredi 24 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2400718 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire en production de pièce et un mémoire complémentaire, enregistrés les 23 et 24 avril 2024, Mme D A, représentée par Me Belliard, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de suspendre l'arrêté du 22 avril 2024 par lequel le préfet de Mayotte l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et l'a interdite de retour sur le territoire français pendant un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) d'enjoindre au préfet de Mayotte d'organiser son retour à Mayotte, à ses frais et sans délai ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est exposée à un éloignement imminent vers son pays d'origine ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'intérêt supérieur de son enfant garanti par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle a été éloignée postérieurement à l'enregistrement de sa requête tendant à la suspension des effets de l'arrêté, en méconnaissance de son droit à un recours effectif garanti par les stipulations de l'article 13 de la convention européenne des droits de l'homme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 avril 2024, le préfet de Mayotte, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 22 avril 2024, le président du tribunal a désigné M. Biget, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 24 avril 2024 à 10 heures.
Après avoir, au cours de l'audience publique :
- présenté son rapport ;
- entendu les observations de M. C B, conjoint de Mme A ;
- le préfet n'étant pas représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante comorienne née le 24 février 1998 à Mayotte, demande à titre principal, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision, contenue dans un arrêté du 22 avril 2024, par laquelle le préfet de Mayotte l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et l'a interdite de retour sur le territoire français pendant un an.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " Il résulte de ces dispositions que l'intervention du juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, est subordonnée à l'existence d'une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures pour assurer la sauvegarde d'une liberté fondamentale.
3. Il résulte de l'instruction que l'obligation de quitter le territoire édicté à l'encontre de la requérante a été exécutée. Il n'y a plus lieu, dès lors, de statuer sur la demande de suspension concernant cette décision.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
5. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme A est la mère d'un enfant né le 19 mai 2021 de sa relation avec M. B C, compatriote titulaire d'une carte de séjour temporaire valide jusqu'au 9 janvier 2025. La communauté de vie et l'unité familiale qu'ils forment avec leur enfant, de nationalité française, sont établies. La requérante a, en dernier lieu, sollicité son admission au séjour le 12 septembre 2023. D'autre part, il résulte de l'instruction que Mme A a été éloignée de Mayotte le 23 avril 2024 après avoir été placée au centre de rétention de Pamandzi. Dans ces conditions, la requérante justifie de l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative pour demander la suspension des effets de l'interdiction qui lui est faite de revenir sur le territoire français pendant un an et impliquant qu'une mesure tendant à sauvegarder son droit au respect de sa vie privée et familiale effectif protégé par les stipulations citées au point 4 soit prise pour assurer la sauvegarde de cette liberté fondamentale.
6. Par suite, il y a lieu, outre de suspendre les effets de cette interdiction de retour, d'enjoindre au préfet de Mayotte de prendre, avec le concours des autorités consulaires françaises aux Comores et à ses frais, toute disposition utile pour permettre le retour à Mayotte de Mme A dans le délai de huit jours. Il y a lieu d'enjoindre également au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour à son retour à Mayotte, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa demande d'admission au séjour. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
7. En vertu de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de Mme A, contenue dans l'arrêté du 22 avril 2024, est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de prendre, à ses frais, toute mesure utile pour permettre le retour à Mayotte de Mme A dans le délai de huit jours suivant la présente ordonnance.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de délivrer à Mme A, à son retour à Mayotte, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa demande d'admission au séjour.
Article 4 : L'Etat versera la somme de 500 euros à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A et au préfet de Mayotte.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.
Fait à Mamoudzou, le 24 avril 2024.
Le juge des référés,
O. BIGET
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.