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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2400740

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2400740

samedi 27 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2400740
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 avril 2024, M. B A, représenté par Me Ghaem, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 7261/2024 du 25 avril 2024 par lequel le préfet de Mayotte l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de le recevoir dans un délai maximal de 48 heures et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans l'attente de l'examen de sa demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée par l'éloignement imminent auquel il est exposé, susceptible de préjudicier à son droit à un recours effectif ;

- l'arrêté contesté porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi qu'à l'intérêt supérieur de ses enfants, protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne des droits de l'homme ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ramin, premier conseiller, en qualité de juge des référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant comorien né le 10 janvier 1980, est entré à Mayotte irrégulièrement en 1999, selon ses déclarations. Le 25 avril 2024, il a été placé en rétention administrative. M. A demande à titre principal au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 7261/2024 du 25 avril 2024 par lequel le préfet de Mayotte l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci () est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

3. M. A, né en 1980, soutient qu'il est arrivé à Mayotte en 1999, qu'il vit de longue date en union libre avec une compatriote titulaire d'un titre de séjour, mère d'une enfant de nationalité française née à Mayotte en 2011, et qu'il est père de quatre enfants nés de leur union à Mayotte également, en 2000, 2003, 2008 et 2019. Toutefois, s'il affirme avoir engagé des démarches multiples en vue de régulariser sa situation au regard du droit au séjour, M. A ne verse au dossier que des récépissés de demandes de titre de séjour qui lui ont été délivrés en 2016, 2017, 2018, 2019 et 2021. Il résulte en outre de l'instruction qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Par les documents qu'il verse à l'appui de ses allégations, l'intéressé ne justifie, ni la communauté de vie alléguée, ni l'ancienneté et la continuité de son séjour sur le territoire. Les copies d'actes de naissance produites pour les enfants nés en 2000, 2003 et 2008 portent la mention d'une annulation en 2014 de la reconnaissance de paternité d'un précédent père. La filiation n'est donc établie de manière probante qu'en ce qui concerne le cadet, né en 2019. Quand bien même ces quatre enfants ont suivi leur scolarité en grande partie à Mayotte, le requérant ne peut utilement se prévaloir de sa contribution éventuelle à l'entretien et à l'éducation des enfants majeurs domiciliés sur le territoire métropolitain de la France, alors même que l'aînée a acquis la nationalité française. Par les factures versées au dossier, il n'établit pas qu'il contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation des enfants mineurs et de l'enfant français mineur de sa compagne. Dans ces conditions, M. A n'est manifestement pas fondé à soutenir qu'en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour et d'une décision fixant le pays de destination, le préfet de Mayotte aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales qui s'attachent à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de l'enfant.

4. Par suite, alors même qu'il fait valoir une situation d'urgence, résultant de son placement en rétention administrative en vue de son éloignement imminent, il y a lieu, par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, de rejeter la requête de M. A en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du même code.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B A et au préfet de Mayotte.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Fait à Mamoudzou, le 27 avril 2024.

Le juge des référés,

V. RAMIN

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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