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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2400799

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2400799

samedi 11 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2400799
TypeOrdonnance
Avocat requérantAHAMADA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 mai 2024, M. B A, représenté par Me Ahamada, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 6 mai 2024 du préfet de Mayotte en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français sans délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de Mayotte, si l'éloignement a eu lieu, d'organiser son retour à Mayotte aux frais de la préfecture, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il est exposé à un éloignement imminent vers son pays d'origine ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à son droit à la liberté d'aller et de venir et à l'intérêt supérieur de son enfant protégé par l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2024, le préfet de Mayotte, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie s'agissant de la suspension de l'exécution de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;

- il n'est porté aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une ordonnance du 19 avril 2024, le vice-président du Conseil d'Etat a délégué M. Delesalle, vice-président de section au tribunal administratif de Paris, aux tribunaux administratifs de la Réunion et de Mayotte en application de l'article L. 221-2-1 du code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delesalle en qualité de juge des référés.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 mai 2024 à 10h30 :

- le rapport de M. Delesalle, juge des référés,

- les observations de la SELARL Centaure Avocats, Me Ben Attia représentant le préfet de Mayotte, qui conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions de M. B A aux fins de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement et au rejet de ses conclusions tendant à l'organisation de son retour en précisant que l'éloignement est intervenu avant l'introduction du présent recours.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été différée à 13h00 le même jour.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant comorien né le 3 avril 1978, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 6 mai 2024 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "

3. En premier lieu, il est constant que M. A, arrivé au centre de rétention administrative le 6 mai 2024 à 14h30, a été éloigné à destination des Comores le 7 mai 2024, après avoir quitté à 9 heures (heure de Mayotte) le local dans lequel il était retenu. Dans ces conditions, et quand bien même il avait introduit sa requête à 8 heures 35 (heure de Mayotte), ses conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français et à ce qu'il soit enjoint par voie de conséquence de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

4. En second lieu, s'il résulte de l'instruction que si le père de M. A, né le 12 février 1932, a acquis la nationalité française, il ne l'a fait que postérieurement à la naissance du requérant et ce dernier n'établit pas ni même n'allègue que lui-même, qui est né aux Comores, serait de nationalité française quand bien même il a entrepris des démarches en vue de l'obtention d'un certificat nationalité française. Il en va de même s'agissant de son enfant né le 30 avril 2023 à Mayotte au sujet duquel il n'établit pas davantage ni même n'allègue qu'il serait de nationalité française ou que la mère de ce dernier, sur laquelle il n'apporte aucune précision, le serait ou serait même titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Enfin, M. A ne justifie d'aucune ancienneté de séjour sur le territoire français, ni d'aucune insertion sociale ou professionnelle. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que l'exécution de la mesure d'éloignement a porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales invoquées et le requérant n'est donc pas fondé, en tout état de cause, à demander à ce qu'il soit enjoint au préfet de Mayotte d'organiser son retour sur le territoire français sous astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du 6 mai 2024 du préfet de Mayotte en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français sans délai et sur ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Fait à Mamoudzou, le 11 mai 2024.

Le juge des référés,

H. Delesalle

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400799

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