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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2400800

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2400800

samedi 11 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2400800
TypeOrdonnance
Avocat requérantDEDRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 mai 2024, M. A B C, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de lui désigner un avocat commis d'office et de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'arrêté du 6 mai 2024 du préfet de Mayotte en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans un délai de trois mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de Mayotte d'organiser et de financer son retour à Mayotte par tous moyens, dans un délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 300 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il est exposé à un éloignement imminent vers son pays d'origine ;

- une atteinte a été commise par une personne de droit public dans l'exercice de ses fonctions dès lors qu'il s'agit du préfet de Mayotte ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit à un recours effectif protégé par l'article 13 de cette même convention dans le cas où il aurait été prématurément éloigné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2024, le préfet de Mayotte, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie s'agissant de la suspension de l'exécution de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;

- il n'est porté aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une ordonnance du 19 avril 2024, le vice-président du Conseil d'Etat a délégué M. Delesalle, vice-président de section au tribunal administratif de Paris, aux tribunaux administratifs de la Réunion et de Mayotte en application de l'article L. 221-2-1 du code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delesalle en qualité de juge des référés.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 mai 2024 à 10h30 :

- le rapport de M. Delesalle, juge des référés,

- les observations de la SELARL Centaure Avocats, représentant le préfet de Mayotte, qui conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions de M. B C aux fins de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement et au rejet de ses conclusions tendant à l'organisation de son retour en précisant que l'éloignement est intervenu avant l'introduction de son recours.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été différée à 13h00 le même jour.

Une notre en délibéré, enregistrée le 10 mai 2024, a été produite pour le préfet de Mayotte par la SELARL Centaure Avocats.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant comorien né le 1er août 2004, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 6 mai 2024 du préfet de Mayotte en tant qu'il lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre provisoirement le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

4. L'intervention du juge des référés saisi sur le fondement de ces dispositions est subordonnée à l'existence d'une situation d'urgence impliquant, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise à très brève échéance.

5. D'une part, aux termes de l'article 13 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente Convention ont été violés, a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles ". Aux termes de l'article L. 761-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir à Mayotte : / () / 2° Si l'étranger a saisi le tribunal administratif d'une demande sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, avant que le juge des référés ait informé les parties de la tenue ou non d'une audience publique en application du deuxième alinéa de l'article L. 522-1 du même code, ni, si les parties ont été informées d'une telle audience, avant que le juge ait statué sur la demande ".

6. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. B C, arrivé au centre de rétention le 6 mai 2024 à 17 heures 30, a été éloigné de Mayotte vers l'Union des Comores, le 7 mai 2024 par voie maritime, après avoir quitté à 9 heures (heure locale) le local où il était retenu. La présente requête a été enregistrée au greffe du tribunal administratif de Mayotte le 7 mai 2024 à 9 heures 45 (heure locale). En dépit de la brièveté de son placement en rétention, M. B C a été en mesure de demander au juge des référés, avant son éloignement, de suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors que si le registre de sortie du centre de rétention a été signé à 9 heures, l'intéressé était encore présent sur le territoire français au moment du dépôt de sa requête compte tenu du délai d'acheminement du centre de rétention administrative vers le port et de l'heure méridienne du départ quotidien du bateau vers les Comores. Il en résulte que la mesure d'éloignement ne pouvait pas être exécutée alors que le tribunal n'avait pas encore statué sur la requête de M. B C ou informé les parties d'une absence d'audience.

8. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 7, malgré la saisine du juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. B C a été entièrement exécutée. Les conclusions tendant à la suspension de cette décision ont ainsi perdu leur objet en cours d'instance et il n'y a plus lieu d'y statuer.

9. Toutefois, en second lieu, il résulte de l'instruction que M. B C réside à Mayotte depuis l'âge de quatorze ans. Après avoir résidé chez un oncle, il a fait l'objet d'une ordonnance de placement provisoire à l'aide sociale à l'enfance prise le 24 juin 2020 par le juge des enfants du tribunal de première instance de Mamoudzou et a été placé dans une famille d'accueil avant de bénéficier, à sa majorité, d'un contrat " jeune majeur " d'un an signé avec le président du conseil départemental de Mayotte, qui a été renouvelé le 3 juillet 2023 pour la même une durée à compter du 31 juillet 2023. M. B C a par ailleurs entamé à partir de 2018 un parcours scolaire qui l'a mené depuis la classe de 4ème jusqu'à la préparation d'un " BAC PRO logistique " au lycée du Nord qui était en cours à la date de l'arrêt attaqué, et il résulte de l'instruction, notamment de ses bulletins scolaires et du contrat " PJM ", qu'il a fait montre d'une motivation et d'un comportement exemplaire, qu'il a fait de très bons stages et qu'il souhaite d'ailleurs entreprendre des études supérieures. Dans ces conditions, et quand bien même il ne serait pas isolé aux Comores, compte tenu de la brièveté de son placement en rétention et de sa situation privée, M. B C justifie d'une situation d'urgence caractérisée et est fondé à soutenir que l'exécution de la mesure d'éloignement a porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au recours effectif ainsi qu'à son droit au respect de sa vie privée.

10. Il résulte de ce qui a été dit au point 9 qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de Mayotte de prendre toutes mesures, avec le concours des autorités consulaires françaises aux Comores, de nature à permettre le retour à Mayotte de M. B C dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, en dépit de la mesure d'interdiction de retour d'un an prise à son encontre, et d'enjoindre également au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour à son retour à Mayotte et de réexaminer sa situation, sans qu'il n'y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle M. B C.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte du 6 mai 2024, en tant qu'il fait obligation à M. B C de quitter le territoire français.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Mayotte d'organiser, avec le concours des autorités consulaires françaises aux Comores, le retour à Mayotte de M. B C dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dès son retour à Mayotte et de réexaminer de sa situation.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B C et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Fait à Mamoudzou, le 11 mai 2024.

Le juge des référés,

H. Delesalle

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400800

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