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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2400811

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2400811

samedi 11 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2400811
TypeOrdonnance
Avocat requérantMOHAMED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mai 2024, M. B, représenté par Me Mohamed, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 6 mai 2024 par lequel le préfet de Mayotte l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il est exposé à un éloignement imminent vers son pays d'origine ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2024, le préfet de Mayotte, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie s'agissant de la suspension de l'exécution de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;

- il n'est porté aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une ordonnance du 19 avril 2024, le vice-président du Conseil d'Etat a délégué M. Delesalle, vice-président de section au tribunal administratif de Paris, aux tribunaux administratifs de la Réunion et de Mayotte en application de l'article L. 221-2-1 du code de justice administrative. "

Le président du tribunal a désigné M. Delesalle en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 mai 2024 à 14h30 :

- le rapport de M. Delesalle, juge des référés ;

- les observations de Me Mohamed, représentant M. A, qui limite expressément ses conclusions à la suspension de l'exécution de l'interdiction de retour sur le territoire français d'un an prise à son encontre et à ce qu'il soit enjoint au préfet de Mayotte d'organiser son retour en prenant attache avec les services consulaires français aux Comores afin que lui soit délivré un visa, en abandonnant ses autres demandes, dès lors que sa requête a été déposée après son départ de Mayotte, et que son épouse est mère d'un enfant français, qu'ils ont trois enfants et qu'il travaillé pour subvenir aux besoins de sa famille ;

- les observations de la SELARL Centaure Avocats, représentant le préfet de Mayotte, qui précise que le requérant a été éloigné vers les Comores le 8 mai 2024 par la navette partie à 12h00, soit antérieurement à son recours.

La clôture de l'audience a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

2. Aux termes de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. / Lorsque l'étranger sollicite l'abrogation de l'interdiction de retour, sa demande n'est recevable que s'il justifie résider hors de France. () " ;

3. M. A, ressortissant comorien né le 10 août 1990, sollicite du juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, dans le dernier état de sa demande telle que formulée lors de l'audience, qu'il suspende l'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte du 6 mai 2024 en tant qu'il lui fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an et qu'il enjoigne au préfet d'organiser son retour.

4. Il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté, que la requête de M. A a été enregistrée au greffe du tribunal postérieurement à son éloignement vers les Comores intervenu le 8 mai 2024. Si le requérant se trouve donc désormais, à la date de la présente ordonnance, dans son pays d'origine, il a toutefois la possibilité de demander au préfet de Mayotte l'abrogation de l'arrêté du 6 mai 2024 contesté en tant qu'il lui interdit le retour sur le territoire français pendant un an, en application de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, et quand bien même ses attaches familiales se trouveraient à Mayotte ainsi qu'il l'allègue, il ne justifie ainsi d'aucune situation d'urgence caractérisée de nature à justifier la suspension de l'exécution de l'arrêté du 6 mai 2024 dans cette mesure et l'organisation de son retour à Mayotte.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions que aux fins de suspension et d'injonction présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Fait à Mamoudzou, le 11 mai 2024.

Le juge des référés,

H. Delesalle

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400811

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