samedi 11 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2400812 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | AARPI BELLIARD RATRIMOARIVONY CHHANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 mai 2024, Mme C B, représentée par Me Belliard, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n°8156 du 8 mai 2024 du préfet de Mayotte en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français sans délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'elle est exposée à un éloignement imminent vers son pays d'origine ;
- l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'intérêt supérieur de son enfant protégé par l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2024, le préfet de Mayotte, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie s'agissant de la suspension de l'exécution de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;
- il n'est porté aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Par une ordonnance du 19 avril 2024, le vice-président du Conseil d'Etat a délégué M. Delesalle, vice-président de section au tribunal administratif de Paris, aux tribunaux administratifs de la Réunion et de Mayotte en application de l'article L. 221-2-1 du code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delesalle en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 mai 2024 à 14 heures 30 :
- le rapport de M. Delesalle, juge des référés ;
- les observations de Me Ratrimoarivony, se substituant à Me Belliard, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens, et précise qu'elle est présente depuis 2016 en France, qu'un seul de ses enfants, A, est français, que cet enfant réside avec elle et son conjoint ainsi qu'en atteste en particulier la mention de leur adresse sur sa carte nationale d'identité, et que le père de cet enfant exerce effectivement un droit de visite et participe à son entretien et à son éducation ;
- les observations de Mme B qui précise être hébergée avec son conjoint et ses enfants chez une amie et que son compagnon n'est pas présent à l'audience ;
- et les observations de la SELARL Centaure Avocats, représentant le préfet de Mayotte, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens, et précise qu'il soupçonne une reconnaissance frauduleuse de paternité par le père français de A, qu'aucune décision du juge aux affaires familiales n'est produite fixant la contribution du père de l'enfant alors qu'il s'agit du seul élément réellement probant, et que Mme B ne justifie d'aucune insertion sociale et professionnelle.
La clôture de l'audience a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante comorienne née le 6 octobre 1998, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté n°8156 du 8 mai 2024 du préfet de Mayotte en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français sans délai.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "
3. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
4. Il résulte de l'instruction que Mme B, qui allègue être présente à Mayotte depuis 2016, est la mère de deux enfants nés à Mayotte, le premier né le 22 avril 2017 de nationalité française car reconnu le 4 décembre 2017 par son père français et le second né le 19 février 2020 de son union avec un compatriote avec laquelle elle allègue résider. Toutefois, la requérante n'établit pas par les quelques tickets ou factures récents et la photographie produits que le père de A, son enfant de nationalité française, contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Par ailleurs, elle ne justifie pas de sa communauté de vie effective avec le père de son second enfant, ressortissant comorien titulaire d'une carte de séjour temporaire d'un an délivrée le 3 août 2023 en cours de validité, par la seule mention d'une adresse commune, chez le tiers qui les hébergerait, sur ce document et par la déclaration de communauté de vie en date du 8 mai 2024 qu'elle produit. En tout état de cause, ce dernier n'est titulaire que d'un titre de séjour d'une durée d'un an sans qu'il ne résulte de l'instruction qu'il aurait vocation à rester sur le territoire français au-delà, et à supposer même établie la présence de la requérante en France depuis 2016, elle n'y justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière. Compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, le préfet de Mayotte, en l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale ou à l'intérêt supérieur de l'un de ses enfants une atteinte grave et manifestement illégale.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il y ait lieu d'examiner la condition tenant à l'urgence, que les conclusions de la requête de Mme B aux fins de suspension et d'injonction doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et au préfet de Mayotte.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.
Fait à Mamoudzou, le 11 mai 2024.
Le juge des référés,
H. Delesalle
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°240081