samedi 11 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2400815 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | AHAMADA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 mai 2024, Mme C B A, représentée par Me Ahamada, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n°8075 du 7 mai 2024 du préfet de Mayotte en tant qu'il l'a obligée à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de Mayotte, si l'éloignement a eu lieu, d'organiser son retour à Mayotte aux frais de la préfecture, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de l'ordonnance à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'elle est exposée à un éloignement imminent vers son pays d'origine ;
- l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à son droit d'aller et venir et à l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2024, le préfet de Mayotte, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie s'agissant de la suspension de l'exécution de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;
- il n'est porté aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Par une ordonnance du 19 avril 2024, le vice-président du Conseil d'Etat a délégué M. Delesalle, vice-président de section au tribunal administratif de Paris, aux tribunaux administratifs de la Réunion et de Mayotte en application de l'article L. 221-2-1 du code de justice administrative. "
Le président du tribunal a désigné M. Delesalle en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 mai 2024 à 14 heures 30 :
- le rapport de M. Delesalle, juge des référés,
- les observations de Mme B A, non représentée, et celles de son conjoint présent, qui précise être titulaire d'un titre de séjour en raison de la nationalité française de son père et d'une partie de sa fratrie et que ce titre lui a été renouvelé à différentes reprises ;
- les observations de la SELARL Centaure Avocats, représentant le préfet de Mayotte.
La clôture de l'audience a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante malgache née le 27 mai 1991 demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté n°8075 du 7 mai 2024 du préfet de Mayotte en tant qu'il lui a fait obligation de quitter le territoire français.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
3. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
4. Il résulte de l'instruction que Mme B A réside sur le territoire aux côtés de son compagnon, ressortissant comorien, et de leur enfant commun né le 20 avril 2023 à Mayotte, ainsi que de deux enfants nés à Mayotte de deux précédentes unions de Mme B A en 2018 et 2019, l'aîné étant de nationalité française. Il résulte également de l'instruction que son compagnon est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle de deux ans mention " vie privée et familiale " délivrée le 2 octobre 2022 sans qu'il ne soit contesté que ce titre de séjour a été renouvelé à plusieurs reprises, et qu'il exerce une activité professionnelle sous couvert d'un contrat de travail à durée indéterminée. Toutefois, d'une part, la requérante n'apporte aucun élément sur l'ancienneté de sa relation et de sa vie commune avec son compagnon et, d'autre part, elle n'établit pas ni même n'allègue que ses deux premiers enfants seraient en relation d'une façon ou d'une autre avec leur père respectif, et en particulier son enfant français. Par ailleurs, elle ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle. Compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, le préfet de Mayotte, en l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut être regardé comme ayant porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale ou à l'intérêt supérieur de l'un de ses enfants ou à une autre liberté fondamentale.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait lieu d'examiner la condition tenant à l'urgence, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que Mme B A aurait été éloignée de Mayotte à la date de la présente ordonnance, que les conclusions de sa requête aux fins de suspension et d'injonction doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B A et au préfet de Mayotte.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.
Fait à Mamoudzou, le 11 mai 2024.
Le juge des référés,
H. Delesalle
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400815