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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2400821

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2400821

samedi 11 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2400821
TypeOrdonnance
Avocat requérantAARPI BELLIARD RATRIMOARIVONY CHHANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mai 2024, M. A B, représenté par Me Belliard, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n°7747 du 2 mai 2024 du préfet de Mayotte en tant qu'il l'a obligé à quitter le territoire français sans délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il est exposé à un éloignement imminent vers son pays d'origine ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'intérêt supérieur de son enfant protégé par l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2024, le préfet de Mayotte, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie s'agissant de la suspension de l'exécution de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;

- il n'est porté aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une ordonnance du 19 avril 2024, le vice-président du Conseil d'Etat a délégué M. Delesalle, vice-président de section au tribunal administratif de Paris, aux tribunaux administratifs de la Réunion et de Mayotte en application de l'article L. 221-2-1 du code de justice administrative. "

Le président du tribunal a désigné M. Delesalle en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 mai 2024 à 14 heures 30 :

- le rapport de M. Delesalle, juge des référés,

- les observations de Me Ratrimoarivony, se substituant à Me Belliard, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens, et précise qu'il vit avec sa conjointe depuis 2020 et que celle-ci exerce une activité professionnelle et pourvoit à leurs besoins ;

- les réponses apportées par M. B aux questions du juge des référés, qui précise avoir noué une relation en 2018 avec la mère de ses enfants ;

- et les observations de la SELARL Centaure Avocats, représentant le préfet de Mayotte, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures et précise que le requérant ne produit aucun acte de mariage permettant d'établir l'existence d'une relation effective et durable et que le requérant n'a entrepris aucune démarche en vue de sa régularisation depuis son entrée à Mayotte il y a six ans

La clôture de l'audience a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tanzanien né le 20 juillet 1984, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté n°7747 du 2 mai 2024 du préfet de Mayotte en tant qu'il lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "

3. En premier lieu, l'intervention du juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonnée à l'existence d'une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures pour assurer la sauvegarde d'une liberté fondamentale.

4. En l'espèce, la condition d'urgence est remplie dès lors que le requérant est susceptible d'être éloigné à tout moment vers la Tanzanie en exécution de la mesure d'éloignement dont il demande la suspension.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

6. Il résulte suffisamment de l'instruction que M. B réside à Mayotte depuis 2017 et vit depuis 2020 avec une ressortissante comorienne quand bien même le couple n'est pas marié, et leur enfant commun, né le 11 juin 2019, ainsi qu'avec l'enfant de celle-ci, né le 19 novembre 2015 d'une précédente union et de nationalité française car reconnu par un ressortissant français le 23 novembre 2015. Par ailleurs, sa compagne est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle de deux ans délivrée le 9 décembre 2023, et occupe un emploi d'agent d'entretien à temps partiel depuis le 1er janvier 2024 pour une durée d'un an après avoir débuté en 2021 une activité professionnelle de vente de textile à son compte. Enfin, sa compagne étant d'une nationalité différente de la sienne, il existe un risque que la cellule familiale ne puisse pas se reconstituer ailleurs qu'en France, à Mayotte, et notamment en Tanzanie. Compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, le préfet de Mayotte, en obligeant M. B à quitter le territoire français, doit être regardé comme ayant porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de l'enfant.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte du 2 mai 2024 en tant qu'il oblige M. B à quitter le territoire français sans délai et d'enjoindre au préfet de réexaminer la situation de l'intéressé dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans un délai de cinq jours à compter de la même date, une autorisation provisoire de séjour dépourvue toutefois d'autorisation de travail.

Sur les frais du litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au bénéfice de M. B.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 2 mai 2024 du préfet de Mayotte en tant qu'il fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Fait à Mamoudzou, le 11 mai 2024.

Le juge des référés,

H. Delesalle

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400821

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