mercredi 15 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2400848 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | MOHAMED |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 mai 2024, M. A B, représenté par Me Zain-Eddine, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 14 avril 2024 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination des Comores et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte d'organiser, avec le concours des autorités consulaires françaises aux Comores, son retour sur le territoire de Mayotte et de lui délivrer, à son retour, un récépissé de demande de titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que son éloignement porte une atteinte à sa vie privée et familiale et que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français l'empêche de voir son enfant français pendant un an ;
- les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-7 et L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la violation de son droit à la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de la violation de l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, sont, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.
Vu :
- la requête enregistrée le 8 mai 2024 sous le numéro n°2400847 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée () ".
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. Il est constant que l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre du requérant a été exécutée avant que le juge des référés statue. La décision portant obligation de quitter le territoire français ayant épuisé ses effets avant l'intervention du juge des référés, les conclusions à fin de suspension de cette décision sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu, dès lors, de statuer sur ces conclusions.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
3. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision litigieuse, M. A B, ressortissant comorien né le 28 juillet 1993, soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français l'empêche de voir son enfant français, né le 12 mars 2021, pendant un an. Toutefois, en se bornant à produire la carte nationale d'identité de son enfant, son carnet de santé et quatre factures d'achat datées de 2021 et 2022, le requérant ne justifie pas de sa contribution effective et actuelle à son entretien et son éducation. Par ailleurs, il ne justifie pas de sa communauté de vie avec son enfant et la mère de ce dernier, pour laquelle, au demeurant, il n'apporte aucune précision sur sa situation administrative et sur l'intensité de leur relation. Si M. B fait également valoir que son frère et sa sœur, ressortissants français majeurs, séjournent à Mayotte, la seule production de leurs documents d'identité ne permet pas de démontrer l'intensité de leur relation, en toute hypothèse. Par suite, le requérant n'établit pas que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français porterait atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à ses intérêts ou à ceux qu'il entend défendre et rendrait ainsi nécessaire l'intervention du juge des référés avant que ne soit jugée sa requête au fond.
4. En tout état de cause, et comme dit au point précédent, M. B ne justifie pas de sa contribution à l'entretien et l'éducation de son enfant ni de sa communauté de vie avec lui. Dans ces conditions, aucun des moyens de la requête n'est, en l'état de l'instruction, susceptible de créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, de sorte que sa demande apparaît manifestement mal fondée.
5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions, en application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et au préfet de Mayotte.
Fait à Mamoudzou, le 15 mai 2024.
Le juge des référés,
T. SORIN
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.