mercredi 12 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2401011 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | HESLER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 5 et 11 juin 2024, la société Le Rendez-vous chez Cousin, représentée par Me Hesler, avocat, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'arrêté du préfet de Mayotte du 30 mai 2024 prononçant la fermeture administrative, pour une durée de quatre mois, de son établissement de restauration rapide implanté au rond-point Baobab à Mamoudzou ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société requérante soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la fermeture de l'établissement pour quatre mois l'expose à une cessation de paiement puis à une liquidation judiciaire ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté du commerce et de l'industrie ;
- la mesure de fermeture s'appuie sur une réglementation locale obsolète ;
- elle n'a pas été précédée d'un avertissement, ainsi que cela est prévu par le 1 de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique ;
- la durée de quatre mois excède la durée maximale fixée par ce même 1 de l'article L. 3332-15 ;
- les faits pris en compte ne sont pas matériellement établis ; ils ne caractérisent pas des troubles graves et répétés à l'ordre public ; ils ne peuvent se rattacher aux cas définis par les 2 et 3 de l'article L. 3332-15 ;
- la sanction est manifestement disproportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 juin 2024, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les faits reprochés à l'exploitant sont établis et justifient, compte tenu de leur gravité et de l'urgence de la situation, la mesure de fermeture pour quatre mois.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la décision du président du tribunal désignant M. Aebischer, vice-président, en qualité de juge des référés.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 11 juin 2024 à 14 heures, le juge des référés siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 du code de justice administrative, M. A étant greffier d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Aebischer, juge des référés ;
- les observations de Me Hesler, avocat de la société requérante, qui confirme ses conclusions et moyens.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
2. Par son arrêté du 30 mai 2024, pris sur le fondement de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, sans que n'aient été indiqués le ou les alinéas précis dont il a été fait application, le préfet de Mayotte a prononcé la fermeture administrative, pour une durée de quatre mois, de l'établissement de restauration rapide exploité, sur le site du rond-point Baobab à Mamoudzou, par la société Le Rendez-vous chez Cousin. Par la présente requête, qui s'appuie sur les dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la société exploitante demande au juge du référé-liberté de suspendre ledit arrêté préfectoral.
3. Le requérant qui saisit le juge du référé-liberté doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de suspension. En l'espèce, l'urgence doit s'apprécier en tenant compte de la situation de l'entreprise et des autres voies de recours dont elle dispose, mais aussi, le cas échéant, en prenant en compte l'imminence des risques pour la sécurité publique que la mesure de fermeture administrative se propose de prévenir.
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision de fermeture administrative prise à l'encontre de son établissement, la société Le Rendez-vous chez Cousin fait valoir que la fermeture, pendant quatre mois, du restaurant qu'elle exploite avec le concours d'une dizaine de salariés aura pour effet de fragiliser l'entreprise au point de l'exposer à une cessation de paiement, puis à une liquidation judiciaire, la pérennité des emplois étant ainsi compromise. Cependant, si l'impact de la mesure de fermeture pour quatre mois sur l'équilibre économique et la survie de l'entreprise est démontré en l'espèce, notamment par divers éléments comptables, la société requérante ne démontre pas que la situation de fermeture effective se traduira nécessairement, à très brève échéance, c'est-à-dire dans les prochaines semaines, par une concrétisation des risques auxquels elle fait allusion, alors que lui est ouverte, pour tenter d'obtenir une mesure de suspension à brève échéance, la voie du référé-suspension instituée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Par suite, et quels que soient en outre les impératifs de sécurité publique qui ont été pris en compte dans le cadre de cette mesure de fermeture administrative, il y a lieu de constater que la condition d'urgence particulière requise par l'article L. 521-2 du même code n'est pas satisfaite en l'espèce.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de prendre position sur le bien-fondé des griefs émis à l'encontre de l'établissement, ni plus généralement sur la condition tenant à une atteinte grave et manifestement illégale portée à une liberté fondamentale, que la requête en référé-liberté de la société Le Rendez-vous chez Cousin ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Le Rendez-vous chez Cousin est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Le Rendez-vous chez Cousin et au préfet de Mayotte.
Fait à Mamoudzou le 12 juin 2024.
Le juge des référés,
M.-A. AEBISCHER
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2401011