mercredi 12 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2401031 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | IBRAHIM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Ibrahim, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au président de la communauté de communes du centre-ouest (3CO) de faire cesser immédiatement les travaux entrepris sur les parcelles AI 0358 et AI 0362 sur le territoire de la commune de Sada (97640), dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) d'enjoindre à la 3CO de procéder à l'enlèvement de tout obstacle placé devant sa propriété, sous le même délai et la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de la 3CO une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est enfermée chez elle avec son véhicule, ce qui l'empêche de travailler ;
- les travaux entrepris par la 3CO entravent l'accès à la route nationale numéro 2 et notamment le passage de son véhicule pour accéder à son domicile, de sorte qu'elle se trouve dans une situation d'enclave irrémédiable, ce qui caractérise une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de propriété.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Vu la décision, prise en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné Mme Khater, vice-présidente, en qualité de juge des référés.
Considérant ce qui suit :
1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " Aux termes de l'article L.522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
2. D'autre part, si le libre accès des riverains à la voie publique constitue un accessoire du droit de propriété, lequel a le caractère d'une liberté fondamentale au sens de ces dispositions, et si la privation de tout accès à la voie publique est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à cette liberté, pouvant justifier l'intervention du juge des référés à ce titre, sous réserve qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures, il ne saurait en aller de même d'une simple gêne dans l'exercice de ce droit d'accès.
3. Il résulte de l'instruction que la 3CO a entrepris des travaux d'aménagement d'un parc de loisirs sur les parcelles AI 0358 et AI 0362 situées sur l'avenue Ahamada Soumaïla de la commune de Sada (97640) au bord de la route nationale numéro 2. Si Mme B soutient que ces travaux ont pour conséquence de " l'enfermer dans sa résidence " située sur les parcelles AI 0363 et AI 0364, mitoyenne aux travaux litigieux, dès lors qu'elle ne peut plus sortir de son domicile avec son véhicule, il ne résulte pas du constat d'huissier que l'accès à son domicile est rendu impossible, par ce portail, mais qu'il en résulte seulement une simple gêne. Au demeurant, il ressort du constat d'huissier et des écritures de Mme B, que l'intéressée dispose d'une seconde sortie ouest qui donne accès directement à la route nationale numéro 2. Si la requérante fait valoir que la direction de l'environnement de l'aménagement du logement et de la mer de Mayotte lui a interdit le passage par cette sortie ouest, cela ne ressort par des termes de la décision versée à l'instance qui concerne le refus d'une permission de voirie. Mme B a donc accès à cette sortie pour disposer librement de son droit de propriété. Dans ces conditions, les circonstances de l'espèce ne peuvent caractériser une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition de l'urgence, que les conclusions de la requête de Mme B peuvent, dès lors qu'elles sont manifestement infondées, être rejetées sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a également lieu de rejeter les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au président de la communauté de communes du centre-ouest
Fait à Mamoudzou, le 12 juin 2024.
La juge des référés,
A. KHATER
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2401031