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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2401038

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2401038

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2401038
TypeOrdonnance
Avocat requérantAARPI BELLIARD RATRIMOARIVONY CHHANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juin 2024, Mme A B représentée par Me Ratrimoarivony, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte du 9 juin 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre des frais de procès.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, en raison du caractère exécutoire de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2024, le préfet de Mayotte, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête

i

Il soutient qu'aucun des moyens ne saurait prospérer

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Villain, magistrat honoraire, en qualité de juge des référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 11 juin 2024 à 15h (heure de Mayotte),

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Villain juge des référés ;

- les observations de Me Ratrimoarivony pour la requérante et de cette dernière

- les observations de Me Ben Attia, avocat du préfet de Mayotte.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1.Mme B, ressortissante comorienne, née le 1 décembre 1974, demande, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour sur le territoire français.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " ;

3. En premier lieu, dès lors que la requérante fait l'objet d'une mesure d'éloignement présentant un caractère exécutoire, elle justifie de l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative pour demander la suspension de l'obligation de quitter le territoire français sans délai.

4. Par ailleurs Il ressort de l'instruction que Mme B, entrée à Mayotte en 2018, vit maritalement avec son conjoint, professeur des écoles de nationalité française et que le couple y élève leur fille, actuellement scolarisée en seconde au lycée des Lumières. Dans ce même lycée, la requérante, universitaire en histoire donne des cours en classe de 1ere. Le proviseur de ce lycée ne tarit pas d'éloges sur les qualités pédagogiques et humaines de la requérante. Dans ces conditions, l'arrêté contesté par lequel la requérante a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il y a donc lieu de constater l'atteinte grave et manifestement illégale portée à une liberté fondamentale et, en conséquence de suspendre ladite décision

Sur les autres conclusions :

Compte tenu des motifs de la présente ordonnance, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet de Mayotte de réexaminer la situation de la requérante dans un délai de deux mois et de lui délivrer, dans un délai de cinq jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il sera également mis à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre des frais de procès

.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte portant obligation de quitter le territoire français sans délai est suspendue.

Article 2 : il est enjoint au préfet de Mayotte de réexaminer la situation de Mme B, dans un délai de deux mois et de lui délivrer, dans un délai de cinq jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais de procès

Article4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au préfet de Mayotte.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Mamoudzou, le 12 juin 2024.

Le juge des référés,

JF VILLAIN

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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