mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2401075 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | HESLER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 juin 2024, la société Le Rendez-vous chez Cousin, représentée par Me Hesler, avocat, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 2024-CAB-222 du préfet de Mayotte en date du 30 mai 2024 prononçant la fermeture administrative, pour une durée de quatre mois, de son établissement de restauration rapide implanté au rond-point Baobab à Mamoudzou ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société requérante soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la fermeture de l'établissement pour quatre mois l'expose à une cessation de paiement puis à une liquidation judiciaire ; la mesure affecte de manière grave et disproportionnée l'équilibre financier de la société ;
- la mesure de fermeture s'appuie sur une réglementation locale obsolète ;
- l'acte attaqué est insuffisamment motivé ;
- elle n'a pas été précédée d'un avertissement, ainsi que cela est prévu par le 1 de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique ;
- la durée de quatre mois excède la durée maximale fixée par ce même 1 de l'article L. 3332-15 ;
- les faits pris en compte ne sont pas matériellement établis ; ils ne caractérisent pas des troubles graves et répétés à l'ordre public ; ils ne peuvent se rattacher aux cas définis par les 2 et 3 de l'article L. 3332-15 ;
- la sanction est manifestement disproportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2024, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les faits reprochés à l'exploitant sont établis et justifient, compte tenu de leur gravité et de l'urgence de la situation, la mesure de fermeture pour quatre mois.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 juillet 2024 à 9 heures 30 :
- le rapport de M. Sorin, juge des référés ;
- les observations de Me Hermand substituant Me Hesler, avocat de la société requérante, qui confirme ses conclusions et moyens, et souligne notamment le préjudice grave et immédiat auquel se trouve confronté la société.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée () ".
2. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
3. Par un arrêté du 30 mai 2024, pris sur le fondement de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, le préfet de Mayotte a prononcé la fermeture administrative, pour une durée de quatre mois, de l'établissement de restauration rapide exploité, sur le site du rond-point Baobab à Mamoudzou, par la société Le Rendez-vous chez Cousin. Par la présente requête, qui s'appuie sur les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la société exploitante demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cet arrêté préfectoral.
En ce qui concerne l'urgence :
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision de fermeture administrative prise à l'encontre de son établissement, la société Le Rendez-vous chez Cousin fait notamment valoir que la fermeture, pendant quatre mois, du restaurant qu'elle exploite avec le concours d'une dizaine de salariés aura pour effet de fragiliser l'entreprise au point de l'exposer à une cessation de paiement, puis à une liquidation judiciaire, la pérennité des emplois étant ainsi compromise. Il résulte de l'instruction que la société, qui a terminé le précédent exercice en déficit de plus de 47 000 euros, doit faire face à des charges fixes mensuelles de l'ordre de 68 000 euros qu'elle ne sera plus en mesure d'assurer à compter du mois de juillet, de sorte que la situation de fermeture administrative se traduira, à brève échéance, par une concrétisation des risques de cessation de paiement et de licenciement de ses onze salariés. Dans ces conditions, le préjudice grave et immédiat à ses intérêts doit être regardé comme établi et l'urgence caractérisée.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
5. Aux termes de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique : " 1. La fermeture des débits de boissons et des restaurants peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas six mois, à la suite d'infractions aux lois et règlements relatifs à ces établissements. / Cette fermeture doit être précédée d'un avertissement qui peut, le cas échéant, s'y substituer, lorsque les faits susceptibles de justifier cette fermeture résultent d'une défaillance exceptionnelle de l'exploitant ou à laquelle il lui est aisé de remédier. // 2. En cas d'atteinte à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité ou à la moralité publiques, la fermeture peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas deux mois. Le représentant de l'Etat dans le département peut réduire la durée de cette fermeture lorsque l'exploitant s'engage à suivre la formation donnant lieu à la délivrance d'un permis d'exploitation visé à l'article L. 3332-1-1 () ".
6. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de l'absence d'avertissement préalable au sens des dispositions précitées, d'absence de matérialité ou d'inexactitude des faits reprochés ainsi que du caractère disproportionné de la mesure prise sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté.
7. Il suit de là qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté du 30 mai 2024 prononçant la fermeture administrative, pour une durée de quatre mois, de l'établissement Le Rendez-vous, chez Cousin, implanté au rond-point Baobab à Mamoudzou.
8. Par ailleurs, et dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le paiement à la SARL Le Rendez-vous, chez Cousin d'une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 30 mai 2024 prononçant la fermeture administrative, pour une durée de quatre mois, de l'établissement de restauration rapide Le Rendez-vous chez Cousin, implanté au rond-point Baobab à Mamoudzou, est suspendue.
Article 2 : L'Etat versera à la SARL Le Rendez-vous chez Cousin une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Le Rendez-vous chez Cousin et au préfet de Mayotte.
Fait à Mamoudzou le 2 juillet 2024.
Le juge des référés,
T. SORIN
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2401075