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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2401154

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2401154

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2401154
TypeOrdonnance
Avocat requérantAARPI BELLIARD RATRIMOARIVONY CHHANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juin 2024, Mme C A B, représentée par Me Belliard, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté n° 11465/2024 du 25 juin 2024 par lequel le préfet de Mayotte l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge du préfet de Mayotte la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Mme A B soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est exposée à un éloignement imminent ;

- l'obligation de quitter sans délai le territoire français porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de ses enfants, respectivement protégés par les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2024, le préfet de Mayotte, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête en faisant valoir que la condition d'urgence n'est pas satisfaite s'agissant de l'interdiction de retour et la décision d'éloignement ne porte aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une ordonnance du 14 mai 2024, le vice-président du Conseil d'État a, en application des articles L. 221-2-1 et R. 221-6-1 du code de justice administrative, délégué M. Jégard aux tribunaux administratifs de Mayotte et de La Réunion et du 15 juin au 13 juillet 2024.

Le président du tribunal a désigné M. Jégard, pour statuer sur les demandes en référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 juin 2024 à 14h30 :

- le rapport de M. Jégard, juge des référés

- les observations de Me Ratrimoarivony substituant Me Belliard, représentant

Mme A B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, que la reconnaissance frauduleuse n'est pas établie par une simple présomption relevée par l'autorité administrative, cette dernière n'ayant même pas saisi le procureur de la République,

- et les observations de Me Ben Attia substituant Me Rannou, représentant le préfet de Mayotte, qui reprend les moyens du mémoire en défense, rétorque que la fraude est caractérisée et que le procureur de la République a été saisi et constate que Mme A B n'a pas saisi le juge aux affaires familiales dans le but d'obtenir une pension alimentaire de la part du père afin qu'il contribue à l'éducation et de l'entretien de l'enfant français.

La clôture de l'instruction a été reportée au 26 juin 2024 à 17 heures à l'issue de l'audience.

Le préfet de Mayotte a produit des pièces le 26 juin 2024 à 16h38, qui ont été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A B, ressortissante comorienne née le 10 juin 1989, a saisi le juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, dans le but de voir suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour sur le territoire français.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. Mme A B fait l'objet d'une mesure d'éloignement vers l'Union des Comores dont l'exécution est imminente. Dans ces conditions, elle justifie de l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative pour demander la suspension de l'obligation de quitter le territoire français sans délai.

En ce qui concerne l'atteinte à une liberté fondamentale :

4. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

5. Il résulte de l'instruction que la requérante, présente sur le territoire français depuis l'année 2014 au moins, date établie d'une part l'acte de naissance d'un de ses enfants à D et d'autre part par l'établissement d'un avis d'imposition, est la mère d'un enfant de nationalité française, né le 9 juillet 2017 à D, et qu'elle justifie, par la production de certificats de scolarité, d'une communauté de vie avec cet enfant, qui est à sa charge. Il suit de là qu'il est établi qu'elle participe à son entretien et à son éducation. Par la production de fiches de paye, la requérante justifie par ailleurs travailler au service d'une famille. La requérante est également mère d'un enfant né en 2011 aux Comores et arrivé avec elle à Mayotte. Il ne résulte pas de l'instruction que les pères des enfants de Mme A B contribuent à leur entretien ni à leur éducation. La circonstance que le père de l'enfant français soit soupçonné de reconnaissances de paternité frauduleuses est sans incidence sur la méconnaissance de l'intérêt supérieur de cet enfant qui a vécu l'intégralité de sa vie à Mayotte. Par suite, alors qu'elle assure seule l'entretien et l'éducation de ses enfants qui ont vécu la majeure partie de leur vie, pour les ainés, à Mayotte, Mme A B est fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte grave et manifestement illégale à l'intérêt supérieur de ses enfants.

6. Il suit de là que l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français doit être suspendue, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions subséquentes.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Il résulte de l'instruction que Mme A B a bénéficié de titres de séjour depuis le 3 mai 2019 et que sa dernière demande de renouvèlement a été refusée par le préfet de Mayotte le 2 juin 2023 en raison d'un soupçon de reconnaissance frauduleuse de paternité de l'enfant français de l'intéressée. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme A B ait contesté cette décision de refus de titre de séjour. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme A B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté n° 11465/2024 du 25 juin 2024 pris par le préfet de Mayotte à l'endroit de Mme A B est suspendue.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A B et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Fait à D, le 27 juin 2024.

Le juge des référés,

X. JÉGARDLa greffière,

D. MDERE

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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