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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2401159

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2401159

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2401159
TypeOrdonnance
Avocat requérantAARPI BELLIARD RATRIMOARIVONY CHHANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juin 2024, M. A B, représenté par Me Belliard, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté n° 11529/2024 du 26 juin 2024 par lequel préfet de Mayotte l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge du préfet de Mayotte la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est exposé à un éloignement imminent ;

- l'obligation de quitter sans délai le territoire français porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de son enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2024, le préfet de Mayotte, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête en faisant valoir que la condition d'urgence n'est pas satisfaite s'agissant de l'interdiction de retour et la décision d'éloignement ne porte aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une ordonnance du 14 mai 2024, le vice-président du Conseil d'État a, en application des articles L. 221-2-1 et R. 221-6-1 du code de justice administrative, délégué M. Jégard aux tribunaux administratifs de Mayotte et de La Réunion et du 15 juin au 13 juillet 2024.

Le président du tribunal a désigné M. Jégard, pour statuer sur les demandes en référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 juin 2024 à 14h30 :

- le rapport de M. Jégard, juge des référés,

- les observations de Me Ratrimoarivony substituant Me Belliard, représentant

M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, que le requérant n'a pas contesté la décision de refus de titre du 23 juin 2023 par ignorance de ses droits, et ajoute qu'il vit avec sa fille et sa propre mère qui bénéficie d'un titre de séjour et sa fille est française et est depuis longtemps sur le territoire,

- et les observations de Me Magneval substituant Me Rannou, représentant le préfet de Mayotte, qui reprend les moyens du mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant comorien né le 12 novembre 1991, a saisi le juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, dans le but de voir suspendre l'exécution de l'arrêté n° 11529/2024 du 26 juin 2024 du préfet de Mayotte lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour sur le territoire français.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il résulte de l'instruction que M. B est né à Mayotte et y a suivi sa scolarité. Sa fille, elle-même née à Mayotte en 2020, est française. Il résulte de l'instruction que

M. B vit avec elle ainsi que sa mère, en situation régulière. Il contribue à l'éducation et l'entretien de sa fille et travaillait lorsqu'il était en situation régulière. Dès lors, l'arrêté attaqué porte, en l'état de l'instruction, une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé, protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ainsi qu'à l'intérêt supérieur de sa fille, ressortissante française, nonobstant la circonstance que l'intéressé a été condamné en 2017 et 2018 à des peines d'emprisonnement pour vol et usage de stupéfiant. Il est par ailleurs justifié d'une situation d'urgence, non contestée par le préfet, compte tenu de l'imminence de la mesure d'éloignement. M. B, par suite, est fondé à demander la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, de la décision fixant le pays de destination ainsi que de l'interdiction de retour qui lui a été faite.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. M. B ne justifie pas avoir sollicité de nouveau titre de séjour depuis le refus de sa demande de renouvèlement le 23 juin 2023. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'État, la somme que M. B demande en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté n° 11529/2024 du 26 juin 2024 est suspendue.

Article 2 : Les surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Fait à Mamoudzou, le 28 juin 2024.

Le juge des référés,

X. JÉGARD

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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