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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2401195

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2401195

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2401195
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juillet 2024, M. A B, représenté par Me Belliard, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte n° 1148/2024 du 26 juin 2024, en tant que cet arrêté l'oblige à quitter le territoire français sans délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer " sa demande " dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est exposé à un éloignement imminent ;

- l'obligation de quitter sans délai le territoire français porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

La requête a été communiquée au préfet de Mayotte, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

En application des articles L. 221-2-1 et R. 221-6-1 du code de justice administrative, le vice-président du Conseil d'État a délégué M. Henry aux tribunaux administratifs de La Réunion et de Mayotte du 1er au 13 juillet 2024.

Le président du tribunal administratif de Mayotte a désigné M. Henry pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties de la date et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er juillet 2024 à 15h00 :

- le rapport de M. Henry, juge des référés,

- et les observations de M. B, qui a fait valoir qu'il est né à Mayotte, qu'il a toujours vécu avec sa mère, que s'ils sont repartis un temps aux Comores, ils sont revenus à Mayotte en 2015, qu'il a ainsi passé la majeure partie de sa vie à Mayotte et ne connaît personne aux Comores, qu'il n'a jamais connu son père, qu'il vit temporairement depuis le mois de mars chez la cousine de sa mère, toujours avec son petit frère mineur, leur mère étant actuellement en France métropolitaine, qu'il a obtenu son brevet et un CAP, mais a été refusé en bac pro faute de place, et qu'il souhaite poursuivre ses études.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant comorien né le 2 juin 2006, est dépourvu de titre de séjour. Par un arrêté n° 1148/2024 du 26 juin 2024, le préfet de Mayotte l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions tendant à la suspension de l'obligation de quitter le territoire :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "

3. En premier lieu, dès lors que M. B fait l'objet d'une mesure d'éloignement présentant un caractère exécutoire, susceptible d'être exécutée à brève échéance dans la mesure où il est placé en rétention administrative, il justifie de l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative pour demander la suspension de l'obligation de quitter le territoire français sans délai.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Il résulte de l'instruction que M. B est né à Mayotte et qu'il a vécu sur l'île une grande partie de sa vie, puisqu'il déclare que si sa mère et lui sont repartis un temps en Union des Comores, ils sont revenus à Mayotte en 2015, ce qui est corroboré par l'acte de naissance du petit frère du requérant, né à Dzaoudzi le 23 avril 2016, et les certificats de scolarité du requérant ainsi que ses bulletins de notes, qui remontent à l'année scolaire 2017-2018. En outre, le requérant, tout juste majeur, a toujours vécu avec sa mère qui, étant marié avec un ressortissant français et disposant d'un titre de séjour pour cette raison, a vocation à demeurer sur le territoire national, ainsi qu'avec son petit frère, mineur, qui réside à Mayotte. Par ailleurs, le requérant, qui a récemment obtenu un CAP avec de bons résultats, a réalisé divers stages et souhaite poursuivre ses études, justifie être bien intégré à Mayotte. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que le requérant aurait connu son père et qu'il aurait des liens familiaux en Union des Comores. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire dont fait l'objet M. B porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire contenu dans l'arrêté n° 1148/2024 que le préfet de Mayotte a pris à son encontre le 26 juin 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Dans la mesure où le requérant n'a pas déposé de demande de titre de séjour et où les dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables en cas, non d'annulation, mais de suspension de l'exécution d'une obligation de quitter le territoire, et compte tenu de l'office du juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qui intervient en l'absence de requête au fond pour prononcer les mesures visant à faire cesser à brève échéance une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, l'exécution de la présente ordonnance n'implique pas d'enjoindre au préfet de Mayotte de réexaminer la situation administrative du requérant et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour le temps de ce réexamen. Il appartiendra à M. B de déposer en préfecture une demande de carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou sur tout autre fondement qu'il estimerait pouvoir invoquer.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros à verser à M. B au titre des frais exposés dans le cadre de la présente instance.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prise par le préfet de Mayotte à l'encontre de M. B le 26 juin 2024 est suspendue.

Article 2 : L'État versera une somme de 800 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet de Mayotte .

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Mamoudzou, le 1er juillet 2024.

La juge des référés,

B. HENRY

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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