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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2401218

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2401218

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2401218
TypeOrdonnance
Avocat requérantAARPI BELLIARD RATRIMOARIVONY CHHANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juillet 2024, Mme A, représentée par Me Belliard, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte n° 11858/2024 du 2 juillet 2024, en tant que cet arrêté l'oblige à quitter le territoire français sans délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est exposée à un éloignement imminent ;

- l'obligation de quitter sans délai le territoire français porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît l'intérieur supérieur de ses enfants mineurs.

La requête a été communiquée au préfet de Mayotte, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

En application des articles L. 221-2-1 et R. 221-6-1 du code de justice administrative, le vice-président du Conseil d'État a délégué M. Henry aux tribunaux administratifs de La Réunion et de Mayotte du 1er au 13 juillet 2024.

Le président du tribunal administratif de Mayotte a désigné M. Henry pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties de la date et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 juillet 2024 à 14h00 :

- le rapport de M. Henry, juge des référés,

- et les observations de Me Ratrimoarivony, représentant Mme A, ainsi que de l'intéressée elle-même, qui reprennent les écritures et insistent sur l'atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante et à l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante comorienne née le 18 juillet 1988, est dépourvue de titre de séjour. Par un arrêté n° 11858/2024 du 2 juillet 2024, le préfet de Mayotte l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions tendant à la suspension de l'obligation de quitter le territoire :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "

3. En premier lieu, dès lors que Mme A fait l'objet d'une mesure d'éloignement présentant un caractère exécutoire, susceptible d'être exécutée à brève échéance puisqu'elle est placée en rétention administrative, elle justifie de l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative pour demander la suspension de l'obligation de quitter le territoire français sans délai.

4. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

5. Il résulte de l'instruction que Mme A est mère de deux enfants français âgés de 10 et 13 ans, qui sont présents à Mayotte depuis, au moins, l'année 2016, que Mme A vit, avec ses enfants, chez la grand-mère maternelle de ceux-ci, de nationalité française, et que les enfants sont scolarisés sans interruption depuis l'année scolaire 2016-2017. Compte tenu de la nationalité des enfants, de la durée de leur séjour à Mayotte et de de leur âge, il est de leur intérêt supérieur de demeurer à Mayotte et d'avoir leur mère à leurs côtés. Dès lors, la décision attaquée obligeant Mme A à quitter le territoire porte une atteinte grave et manifestement illégale à l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire contenue dans l'arrêté n° 11858/2024 que le préfet de Mayotte a pris à son encontre le 2 juillet 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Dans la mesure où il ne résulte pas de l'instruction que la requérante aurait déposé une demande de titre de séjour et où les dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables en cas, non d'annulation, mais de suspension de l'exécution d'une obligation de quitter le territoire, et compte tenu de l'office du juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qui intervient en l'absence de requête au fond pour prononcer les mesures visant à faire cesser à brève échéance une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, l'exécution de la présente ordonnance n'implique pas d'enjoindre au préfet de Mayotte de réexaminer la situation administrative de la requérante et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour le temps de ce réexamen. Il appartiendra à Mme A de déposer en préfecture une demande de carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français, ou sur tout autre fondement qu'elle estimerait pouvoir invoquer, et aux services préfectoraux de faciliter le dépôt de cette demande en proposant à Mme A un rendez-vous en préfecture dans les meilleurs délais.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros à verser à Mme A au titre des frais exposés dans le cadre de la présente instance.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prise par le préfet de Mayotte à l'encontre de Mme A le 2 juillet 2024 est suspendue.

Article 2 : L'État versera une somme de 800 euros à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A et au préfet de Mayotte.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Mamoudzou, le 5 juillet 2024.

Le juge des référés,

B. HENRY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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