LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2401221

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2401221

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2401221
TypeOrdonnance
Avocat requérantAARPI BELLIARD RATRIMOARIVONY CHHANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 3 juillet 2024 M. C B demande au juge des référés :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté n° 11885/2024 du 2 juillet 2024 par lequel le préfet de Mayotte l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de trois mois et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ; à défaut, d'enjoindre au préfet de Mayotte d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer, le temps de l'examen de cette demande, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; par ailleurs, et uniquement dans l'hypothèse où il aurait été éloigné d'office avant l'intervention de la présente ordonnance, d'enjoindre au préfet de Mayotte d'organiser aux frais de l'État son retour à Mayotte dans un délai de huit jours, sous astreinte de 300 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est exposé à un éloignement imminent ;

- l'obligation de quitter sans délai le territoire français porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- dans l'hypothèse où il aurait été reconduit malgré l'introduction de la présente requête, un tel éloignement méconnaîtrait les dispositions du 2° de l'article L. 761-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, partant, porterait une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à un recours effectif.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 juillet 2024, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il n'y a pas urgence concernant l'interdiction de retour sur le territoire français ;

- il n'y a pas d'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

En application des articles L. 221-2-1 et R. 221-6-1 du code de justice administrative, le vice-président du Conseil d'État a délégué M. Henry aux tribunaux administratifs de La Réunion et de Mayotte du 1er au 13 juillet 2024.

Le président du tribunal administratif de Mayotte a désigné M. Henry pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties de la date et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 juillet 2024 à 14h00 :

- le rapport de M. Henry, juge des référés ;

- les observations de Me Ratrimoarivony, représentant M. B, et de l'intéressé lui-même, qui reprennent les éléments contenus dans les écritures, en insistant sur le fait que le requérant est en train de passer son baccalauréat, qu'il est en France depuis 10 ans, qu'il ne s'est jamais illustré défavorablement, qu'il a essayé, en vain, d'obtenir un rendez-vous en préfecture pour déposer une demande de titre de séjour, qu'il vit chez son oncle, qui est en situation régulière sur l'île, et que ses parents sont également à Mayotte ;

- les observations de Mme A, représentant le préfet de Mayotte, qui a repris ses écritures, relevé que les certificats de scolarité produits sont, en l'absence de production de bulletins de notes, insuffisants pour établir que M. B poursuit effectivement une scolarité à Mayotte et fait valoir que le requérant ne produit aucun élément pour établir les relations avec son oncle et sa prise en charge financière par celui-ci.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant comorien né le 16 avril 2003, est dépourvu de titre de séjour. Par un arrêté n° 11885/2024 du 2 juillet 2024, le préfet de Mayotte l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant an. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, compte tenu de l'urgence, d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de dire qu'il sera assisté par Me Ratrimoarivony.

Sur les conclusions tendant à la suspension de l'obligation de quitter le territoire :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "

4. En premier lieu, dès lors que M. B fait l'objet d'une mesure d'éloignement présentant un caractère exécutoire, susceptible d'être exécutée à brève échéance puisqu'il est placé en rétention administrative, il justifie de l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative pour demander la suspension de l'obligation de quitter le territoire français sans délai et de toutes les décisions subséquentes.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Il résulte de l'instruction que M. B, âgé de 21 ans, réside de manière continue à Mayotte depuis 2014, soit depuis l'âge de 11 ans, qu'il y a fait l'essentiel de sa scolarité, comme en attestent de manière suffisante les certificats de scolarité produits, mais aussi ses passages successifs en classe supérieure et sa convocation aux épreuves du baccalauréat pour la session 2024, et qu'il vit chez un oncle, en situation régulière sur le territoire départemental. En outre, compte tenu de l'ancienneté de son séjour et de la scolarité qu'il a suivi sur le territoire mahorais, M. B y a nécessairement noué d'importantes relations personnelles. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que M. B, qui a quitté l'Union des Comores il y a 10 ans et alors qu'il n'avait que 11 ans, aurait encore des attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors que les épreuves orales du baccalauréat sont en cours, l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté n° 11885/2024 du 2 juillet 2024 par lequel le préfet de Mayotte l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Compte tenu des pouvoirs du juge des référés, qui ne peut prononcer que des mesures provisoires, et au regard des motifs de la présente ordonnance, l'exécution de cette dernière n'implique pas qu'il soit enjoint au préfet de Mayotte de délivrer un titre de séjour à M. B. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances particulières de l'espèce, d'enjoindre au préfet d'examiner le droit au séjour du requérant et de lui délivrer, dans un délai de huit jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, une autorisation provisoire de séjour le temps de cet examen.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B, assisté par Me Ratrimoarivony, est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de l'arrêté n° 11885/2024 du 2 juillet 2024 par lequel le préfet de Mayotte a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Mayotte d'examiner le droit au séjour de M. B et de lui délivrer, sous huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa situation.

Article 4 : Une astreinte de 100 euros par jour est prononcée à l'encontre de l'État s'il n'est pas justifié de la délivrance de l'autorisation provisoire de séjour dans le délai mentionné à l'article 3 ci-dessus.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au préfet de Mayotte.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Mamoudzou, le 5 juillet 2024.

Le juge des référés,

B. HENRY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

← Retour aux décisions