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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2401261

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2401261

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2401261
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantKALED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Kaled, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté n° 12296/2024 du 8 juillet 2024 par lequel le préfet de Mayotte l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 juillet 2024, le préfet de Mayotte, représenté par la SELARL Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

En application des articles L. 221-2-1 et R. 221-6-1 du code de justice administrative, le vice-président du Conseil d'État a délégué M. Henry aux tribunaux administratifs de La Réunion et de Mayotte du 1er au 13 juillet 2024.

Le président du tribunal administratif de Mayotte a désigné M. Henry pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties de la date et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 juillet 2024 à 14h00 :

- le rapport de M. Henry, juge des référés ;

- les observations de Mme B, qui a indiqué qu'elle est entrée à Mayotte en 2015 et que, depuis la naissance de sa fille française en 2016, elle a bénéficié de onze récépissés de demande de titre de séjour ;

- les observations de Me Ben Attia, représentant le préfet de Mayotte, qui s'en est rapporté aux écritures de son cabinet.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B est une ressortissante comorienne née le 18 mars 1980. Par un arrêté n° 12296/2024 du 8 juillet 2024, le préfet de Mayotte l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "

3. En premier lieu, dès lors que Mme B fait l'objet d'une mesure d'éloignement présentant un caractère exécutoire, susceptible d'être exécutée à brève échéance puisqu'elle est placée en rétention administrative, elle justifie de l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative pour demander la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, ainsi que de l'ensemble des décisions subséquentes.

4. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

5. Il résulte de l'instruction que Mme B est mère d'une enfant française âgée de 8 ans, qui est née à Mayotte et qui a toujours vécu sur l'île. Compte tenu de la nationalité de l'enfant, de la durée de son séjour à Mayotte et de son âge, il est de son intérêt supérieur de demeurer à Mayotte et d'avoir sa mère à ses côtés. Dès lors, en obligeant Mme B à quitter le territoire français sans délai et en lui interdisant le retour en France pendant un an, le préfet de Mayotte a porté à l'intérêt supérieur de la fille mineur de l'intéressée une atteinte grave et manifestement illégale.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté n° 12296/2024 du 8 juillet 2024 par lequel le préfet de Mayotte l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Si la requérante a soutenu à l'audience avoir déposé des demandes de titre de séjour, elle n'a produit aucune pièce pour en justifier. Dès lors, et dans la mesure où les dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables en cas, non d'annulation, mais de suspension de l'exécution d'une obligation de quitter le territoire, et compte tenu de l'office du juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qui intervient en l'absence de requête au fond pour prononcer les mesures visant à faire cesser à brève échéance une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, l'exécution de la présente ordonnance n'implique pas d'enjoindre au préfet de Mayotte de délivrer une autorisation provisoire de séjour à Mme B.. Il appartiendra à Mme B de déposer en préfecture une demande de titre de séjour et aux services préfectoraux de faciliter le dépôt de cette demande en proposant à Mme B un rendez-vous en préfecture dans les meilleurs délais.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État une somme de 400 euros à verser à Mme B au titre des frais exposés dans le cadre de la présente instance

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté n° 12296/2024 du 8 juillet 2024 par lequel le préfet de Mayotte a obligé Mme B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an est suspendue.

Article 2 : L'État versera à Mme B une somme de 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au préfet de Mayotte.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer.

Fait à Mamoudzou, le 11 juillet 2024.

Le juge des référés,

B. HENRY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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