vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2401262 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | GHAEM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Ghaem, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté n° 12280/2024 du 8 juillet 2024 par lequel le préfet de Mayotte l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de le recevoir dans un délai de 24 heures et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour le temps de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 juillet 2024, le préfet de Mayotte, représenté par la SELARL Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
En application des articles L. 221-2-1 et R. 221-6-1 du code de justice administrative, le vice-président du Conseil d'État a délégué M. Henry aux tribunaux administratifs de La Réunion et de Mayotte du 1er au 13 juillet 2024.
Le président du tribunal administratif de Mayotte a désigné M. Henry pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties de la date et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 juillet 2024 à 14h00 :
- le rapport de M. Henry, juge des référés, qui a en outre informé les parties de ce qu'il envisageait d'assortir d'office d'une astreinte l'injonction susceptible d'être prononcée pour assurer l'exécution de la présente ordonnance ;
- les observations de Me Hermand, représentant M. B, et de l'intéressé lui-même, qui ont repris les écritures ;
- les observations de Me Ben Attia, représentant le préfet de Mayotte, qui a repris les écritures de son cabinet.
Par un mémoire enregistré le 9 juillet 2024 postérieurement à l'audience, le préfet de Mayotte fait connaître qu'il a retiré l'arrêté contesté et conclut au non-lieu à statuer.
Ce mémoire a été communiqué, ce qui a rouvert l'instruction.
Par une ordonnance du 10 juillet 2024, le juge des référés a, en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, reporté la clôture de l'instruction au jour même à 14h00.
Par un mémoire enregistré le 10 juillet 2024 avant la clôture de l'instruction, le requérant maintient ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ce mémoire ayant été communiqué postérieurement à la clôture de l'instruction, celle-ci s'est trouvée rouverte.
Par une ordonnance du 11 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au jour même à 12h00.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant comorien né le 5 juin 1965, était titulaire d'un titre de séjour depuis mars 2017, régulièrement renouvelé jusqu'en septembre 2023. En raison du blocage de l'accès au service des étrangers de la préfecture de Mayotte fin 2023-début 2024 et de dysfonctionnements des services de l'État, le titre de séjour de M. B n'a pas été renouvelé, malgré les nombreuses démarches de l'intéressé, de son conseil et de la déléguée du Défenseur des droits à Mayotte. Puis, par un arrêté n° 12280/2024 du 8 juillet 2024, manifestement pris sans examen préalable sérieux de la situation de M. B, le préfet de Mayotte l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
4. S'il résulte de l'instruction que l'arrêté n° 12280/2024 du 8 juillet 2024 a été retiré, de sorte qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à la suspension de son exécution, il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressé se serait, à la date de la présente ordonnance, effectivement vu renouveler son titre de séjour ou délivrer une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances particulières de l'espèce, compte tenu notamment du risque que M. B, pourtant âgé de 59 ans, présent de longue date à Mayotte et qui a manifestement droit au séjour sur le territoire au titre de sa vie privée et familiale, soit de nouveau placé en rétention voire qu'il soit éloigné d'office, l'absence de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant et est constitutive d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Mayotte de délivrer à M. B, dans un délai de cinq jours et sous astreinte de 200 euros par jour d'inexécution, une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce que l'intéressé ait été pourvu d'un titre de séjour.
5. Enfin, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros que M. B demande au titre des frais exposés dans le cadre de la présente instance.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de suspension présentées par M. B.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de délivrer une autorisation provisoire de séjour à M. B valable, et le cas échéant renouvelée, jusqu'à ce qu'un titre de séjour lui ait été délivré.
Article 3 : Une astreinte de 200 euros par jour est prononcée à l'encontre de l'État s'il n'est pas justifié de l'exécution de la présente ordonnance dans le délai mentionné à l'article 2 ci-dessus, ainsi que pour chaque jour antérieur à la délivrance à M. B d'un titre de séjour pour lequel l'autorisation provisoire de séjour n'aurait pas été renouvelée.
Article 4 : L'État versera une somme de 1 500 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer.
Fait à Mamoudzou, le 12 juillet 2024.
Le juge des référés,
B. HENRY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.