jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2401273 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | AARPI BELLIARD RATRIMOARIVONY CHHANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 juillet 2024, Mme C A B, représentée par Me Ratrimoarivony, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte n° 12373/2024 du 9 juillet 2024, en tant que cet arrêté l'oblige à quitter le territoire français sans délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2024, le préfet de Mayotte, représenté par la SELARL Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
En application des articles L. 221-2-1 et R. 221-6-1 du code de justice administrative, le vice-président du Conseil d'État a délégué M. Henry aux tribunaux administratifs de La Réunion et de Mayotte du 1er au 13 juillet 2024.
Le président du tribunal administratif de Mayotte a désigné M. Henry pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties de la date et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 juillet 2024 à 9h30 :
- le rapport de M. Henry, juge des référés ;
- les observations de Me Ratrimoarivony, représentant Mme A B, qui a repris ses écritures et précisé que si, au moment de l'introduction de la requête au fond, le père de l'enfant français de la requérante était impécunieux et déclarait, dans une attestation du 2 juillet 2023, qu'un tiers se chargeait à sa place d'aider Mme A B, il peut désormais participer à l'entretien de son fils, comme en attestent les récépissés de transfert d'argent, postérieurs à l'attestation, fournis à l'appui de la requête ;
- en application des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 732-1 du code de justice administrative, et en l'absence de Mme A B, qui n'a pas été extraite du centre de rétention, les observations de la cousine de la requérante, qui a précisé qu'elle s'occupait actuellement des enfants de Mme A B ;
- les observations de Me Bekpoli, représentant le préfet de Mayotte, qui a repris les écritures de son cabinet et insisté sur le fait que les éléments du dossier ne permettaient d'établir ni l'ancienneté du séjour à Mayotte de la requérante, ni la participation de la requérante à l'entretien de son enfant français, ni la participation du père de cet enfant à son entretien.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A B, ressortissante comorienne née le 6 mai 1991, a déposé une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, qui a donné lieu à un arrêté de refus du préfet de Mayotte du 11 mai 2023 contre lequel la requérante a introduit un recours au fond, enregistré sous le n° 2303100, qui est toujours pendant. Par un arrêté n° 12373/2024 du 9 juillet 2024, le préfet de Mayotte a obligé Mme A B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an. Par la présente requête, Mme A B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français.
Sur les conclusions tendant à la suspension de l'obligation de quitter le territoire :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "
3. En premier lieu, dès lors que Mme A B fait l'objet d'une mesure d'éloignement présentant un caractère exécutoire, susceptible d'être exécutée à brève échéance puisqu'elle est placée en rétention administrative, elle justifie de l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative pour demander la suspension de l'obligation de quitter le territoire français sans délai.
4. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".
5. Il résulte de l'instruction que Mme A B est mère d'un enfant français, El-Habib, né à Mayotte, qui y a toujours vécu et dont le père, ressortissant français, réside à La Réunion. Il résulte de l'instruction que Mme A B vit avec cet enfant, de sorte qu'elle pourvoit nécessairement à son éducation et à son entretien, et que le père de l'enfant, s'il vit à La Réunion, conserve des liens avec son fils, comme il en a attesté, et pourvoit, à proportion de ses facultés, à son entretien par des transferts d'argent. Dès lors, il est de l'intérêt supérieur de cet enfant de demeurer sur le territoire français, accompagné de sa mère. Par suite, en obligeant Mme A B à quitter le territoire, le préfet de Mayotte a porté une atteinte grave et manifestement illégale à l'intérêt supérieur du jeune D.
6. Il résulte de ce qui précède que Mme A B est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision du 9 juillet 2024 par laquelle le préfet de Mayotte l'a obligée à quitter le territoire sans délai.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Il y a lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, d'enjoindre au préfet de Mayotte de délivrer à Mme A B, dans un délai de cinq jours, une autorisation provisoire de séjour valable, et le cas échéant renouvelée, jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur sa requête n° 2303100.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros à verser à Mme A B au titre des frais exposés dans le cadre de la présente instance.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prise par le préfet de Mayotte à l'encontre de Mme A B le 9 juillet 2024 est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de délivrer à Mme A B, sous cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour valable, et le cas échéant renouvelée, jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur sa requête n° 2303100.
Article 3 : L'État versera une somme de 800 euros à Mme A B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A B et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Mamoudzou, le 11 juillet 2024.
Le juge des référés,
B. HENRY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.