samedi 13 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2401280 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | AARPI BELLIARD RATRIMOARIVONY CHHANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 juillet 2024, M. B A demande au juge des référés :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté n° 12367/2024 du 9 juillet 2024 par lequel le préfet de Mayotte l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de trois mois et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ; à défaut, d'enjoindre au préfet de Mayotte d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer, le temps de l'examen de cette demande, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; par ailleurs, et uniquement dans l'hypothèse où il aurait été éloigné d'office avant l'intervention de la présente ordonnance, d'enjoindre au préfet de Mayotte d'organiser aux frais de l'État son retour à Mayotte dans un délai de huit jours, sous astreinte de 300 euros par jour de retard.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2024, le préfet de Mayotte, représentée par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
En application des articles L. 221-2-1 et R. 221-6-1 du code de justice administrative, le vice-président du Conseil d'État a délégué M. Henry aux tribunaux administratifs de La Réunion et de Mayotte du 1er au 13 juillet 2024.
Le président du tribunal administratif de Mayotte a désigné M. Henry pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties de la date et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 juillet 2024 à 9h30 :
- le rapport de M. Henry, juge des référés ;
- les observations de Me Ratrimoarivony, représentant M. A, et de l'intéressé lui-même, qui ont repris les éléments contenus dans les écritures et précisé que M. A vit avec sa tante, compatriote en situation régulière, qui est sa seule famille, qu'il a à Mayotte de nombreuses attaches personnelles, pour y avoir fait toute sa scolarité et en raison de ses activités associatives, et que l'erreur figurant sur son acte de naissance, qui indique en mention marginale qu'il est décédé alors que c'est son frère jumeau qui l'est, l'empêche de réaliser des démarches pour régulariser sa situation ;
- les observations de Me Bekpoli, représentant le préfet de Mayotte, qui a repris les écritures de son cabinet.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A est un ressortissant comorien né le 8 septembre 2003. Par un arrêté n° 12367/2024 du 9 juillet 2024, le préfet de Mayotte l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Il y a lieu, compte tenu de l'urgence, d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de dire qu'il sera assisté par Me Ratrimoarivony.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
5. Pour soutenir que l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale, M. A fait valoir qu'il est né à Mayotte, qu'il y a fait toute sa scolarité, qu'il est bénévole dans des associations et qu'il a sur le territoire de Mayotte toutes ses attaches personnelles, à savoir sa tante qui est en situation régulière, chez laquelle il vit, et les attaches amicales qu'il a développées dans le cadre de sa scolarité et de ses activités associatives, de sorte qu'il n'a, corrélativement, aucune attache en Union des Comores. Toutefois, s'il résulte de l'instruction que M. A est né à Mayotte, il ne ressort pas des éléments fournis qu'il y aurait toujours vécu, les certificats de scolarité produits ne débutant qu'à compter de l'année 2017-2018. En outre, le requérant ne produit aucun élément pour établir vivre avec sa tante, non plus que pour établir la situation régulière de celle-ci. Il ne produit pas davantage d'élément pour établir la réalité des liens amicaux développés sur le territoire, aucune attestation d'ami ou de collègue des associations qu'il fréquente ne figurant au dossier. De même, le dossier ne comporte aucun élément circonstancié, comme des attestations des responsables des associations concernées, sur la nature et l'intensité des activités associatives de M. A. Enfin, si le requérant soutient avoir pour seule famille sa tante et n'avoir aucun lien en Union des Comores, il ne précise pas si ses parents sont encore en vie et, le cas échéant, leur situation et ses liens avec eux, et ne donne pas d'avantage d'informations sur le reste de sa famille. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction, en l'état des éléments transmis au juge des référés, que l'arrêté n° 12367/2024 du 9 juillet 2024 par lequel le préfet de Mayotte a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an porterait au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte grave et manifestement illégale.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de suspension et d'injonction présentées par M. A doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A, assisté par Me Ratrimoarivony, est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Mamoudzou, le 13 juillet 2024.
Le juge des référés,
B. HENRY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.