lundi 5 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2401359 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | BAYON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2024, M. B C D, représenté par Me Bayon, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel le préfet de Mayotte a refusé de renouveler son autorisation de séjour en qualité de parent d'enfant malade et l'a obligé à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans l'attente du réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence est caractérisée au regard de sa situation personnelle et familiale, et notamment en raison des conséquences graves sur la situation de sa fille malade qui ne peut bénéficier d'un traitement approprié aux Comores ;
- les moyens tirés de la méconnaissance, par la décision portant refus de renouvellement de séjour, des dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'insuffisance de motivation, et de la méconnaissance des articles 3-1 et 6 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ainsi que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité du refus de séjour sont propres, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 août 2024, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'urgence n'est pas établie ;
- aucun des moyens invoqués n'est de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité la décision litigieuse.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 22 juillet 2024 sous le n° 2401358, tendant à l'annulation de l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel le préfet de Mayotte a refusé de délivrer à M. B C D un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Baizet, première conseillère, en qualité de juge des référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique, qui a eu lieu le 5 août 2024 à 10h00 (heure de Mayotte), dans les conditions prévues aux articles L. 781-1 et R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, la juge des référés siégeant au tribunal administratif de La Réunion, assisté de M. Clément, greffier d'audience présent au tribunal administratif de Mayotte.
Au cours de l'audience publique, ont été entendus :
- le rapport de Mme Baizet, juge des référés ;
- les observations de Me Hermand, substituant Me Bayon, pour M. B C D, non présent,
- les observations de Mme A pour le préfet de Mayotte
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 31 mai 2024, le préfet de Mayotte a refusé de renouveler l'autorisation de séjour en qualité de parent d'enfant malade de M. B C D, ressortissant comorien né le 17 mars 1977, et l'a obligé à quitter le territoire français. Par la présente requête, M. B C D demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / () ". Aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Il résulte de l'instruction que M. B C D, père de six enfants dont quatre sont scolarisés, a bénéficié de dix-neuf autorisations provisoires de séjour en qualité de parent d'enfant malade, dont la dernière a expiré le 1er février 2024. L'arrêté en litige porte refus de renouvellement de l'autorisation de séjour en qualité de parent d'enfant malade, a pour effet de le placer dans une situation irrégulière et l'expose au risque d'être éloigné à tout moment du territoire, où résident ses six enfants, dont sa fille malade qu'il accompagne. Ainsi, la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :
5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable.
Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle.
Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites.
Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
6. Il résulte de l'instruction que M. B C D, père de six enfants dont quatre sont scolarisés, a bénéficié de dix-neuf autorisations provisoires de séjour en qualité de parent d'enfant malade, dont la dernière a expiré le 1er février 2024, en raison de la pathologie de sa fille, suivie par une équipe mobile dédiée au polyhandicap depuis 2021 et bénéficiant d'une prise en charge médicale et paramédicale pluridisciplinaire. Le préfet de Mayotte a refusé de renouveler le dernier récépissé du requérant au motif que, si l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration émis le 7 mai 2024 mentionne que l'état de santé de la fille du requérant nécessitait une prise en charge médicale et que le défaut de prise en charge pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il existait toutefois un traitement approprié dans son pays d'origine pour la prise en charge médicale. Or, alors que le préfet n'apporte absolument aucun élément de nature à expliquer le caractère défavorable de l'avis précité après la délivrance à M. B C D de dix-neuf récépissés depuis 2016, celui-ci produit des certificats médicaux contredisant l'existence d'un suivi médical et paramédical approprié dans le pays d'origine, alors qu'une opération de chirurgie orthopédique est également en attente. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant sont propres, en l'état de l'instruction, à créer des doutes sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel le préfet de Mayotte a refusé de renouveler l'autorisation de séjour en qualité de parent d'enfant malade de M. B C D et l'a obligé à quitter le territoire français.
8. La présente décision implique nécessairement que le préfet de Mayotte délivre à M. B C D, dans un délai de quatre jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa requête n° 2401358 tendant à l'annulation de l'arrêté contesté.
Sur les frais liés au litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B C D, et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel le préfet de Mayotte a refusé de renouveler l'autorisation de séjour en qualité de parent d'enfant malade de M. B C D et l'a obligé à quitter le territoire français est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de délivrer à M. B C D une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quatre jours suivant la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à M. B C D la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. B C D et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer, en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.
Fait à Mamoudzou, le 5 août 2024.
La juge des référés,
E. BAIZET
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 24001359