jeudi 1 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2401415 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 29 juillet 2024, sous le n° 2401415, M. D A, représenté par Me Ekeu, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de lui désigner un avocat commis d'office et de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 29 juillet 2024 par lequel le préfet de Mayotte l'a obligé à quitter le territoire français et lui a interdit le retour sur le territoire français ;
3°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans un délai de trois mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, ou, à défaut, d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour le temps de l'instruction de sa demande, dans un délai de huit jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) si son éloignement a eu lieu, d'enjoindre au préfet de Mayotte d'organiser et de financer son retour sur le territoire de Mayotte dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est exposé à un éloignement imminent vers son pays d'origine ;
- l'arrêté litigieux porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir, dès lors qu'il a été interpellé et placé en rétention alors qu'il avait déposé une demande de renouvellement de titre de séjour à laquelle il n'a pas été donné suite ;
- il porte une atteinte grave et manifestement illégale à l'article 13 de la convention européenne des droits de l'homme, dès lors que l'arrêté litigieux a été pris alors même qu'il était en attente d'une réponse à sa demande de renouvellement de titre ;
- il porte une atteinte grave et manifestement illégale au respect de la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- dans l'hypothèse où il serait éloigné du territoire avant que le juge ne statue, l'arrêté attaqué portera une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à un recours effectif protégé par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
II. Par une requête enregistrée le 29 juillet 2024, sous le n° 2401416, M. D A, représenté par Me Ekeu, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de lui désigner un avocat commis d'office et de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 29 juillet 2024 par lequel le préfet de Mayotte l'a obligé à quitter le territoire français et lui a interdit le retour sur le territoire français ;
3°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans un délai de trois mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, ou, à défaut, d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour le temps de l'instruction de sa demande, dans un délai de huit jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) si son éloignement a eu lieu, d'enjoindre au préfet de Mayotte d'organiser et de financer son retour sur le territoire de Mayotte dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est exposé à un éloignement imminent vers son pays d'origine ;
- l'arrêté litigieux porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir, dès lors qu'il a été interpellé et placé en rétention alors qu'il avait déposé une demande de renouvellement de titre de séjour à laquelle il n'a pas été donné suite ;
- il porte une atteinte grave et manifestement illégale à l'article 13 de la convention européenne des droits de l'homme, dès lors que l'arrêté litigieux a été pris alors même qu'il était en attente d'une réponse à sa demande de renouvellement de titre ;
- il porte une atteinte grave et manifestement illégale au respect de la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- dans l'hypothèse où il serait éloigné du territoire avant que le juge ne statue, l'arrêté attaqué portera une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à un recours effectif protégé par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite s'agissant de l'interdiction de retour ;
- l'arrêté litigieux ne porte aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Beddeleem, conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 31 juillet 2024 à 9h (heure de Mayotte), le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion, dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme C étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beddeleem, juge des référés ;
- les observations de M. A, qui fait valoir qu'il est présent à Mayotte depuis son plus jeune âge, où il a effectué sa scolarité et a ensuite travaillé muni d'un titre de séjour; que sa mère et sa sœur résident à Mayotte ; qu'il a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour, qu'un récépissé lui a été délivré et qu'il n'a pas eu connaissance d'une décision de refus de sa demande ;
- et les observations de M. B, pour le préfet de Mayotte, qui fait valoir que l'intéressé a fait l'objet d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire le 6 mai 2024, qu'il ne justifie pas de ressources stables et qu'il a commis plusieurs infractions de menaces de mort et d'atteintes aux biens.
L'arrêté du 6 mai 2024 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire pris à l'encontre de M. A a été porté à la connaissance de l'intéressé à l'audience.
La clôture de l'instruction a été différée au 31 juillet 2024 à 16h.
Considérant ce qui suit :
1. Par deux requêtes identiques, M. D A, ressortissant comorien, né le 29 juillet 1998, demande, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour sur le territoire.
Sur la jonction :
2. Les requêtes enregistrées sous les n°s 2401415 et 2401416 sont identiques, concernent le même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par une seule ordonnance.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, l'avocat commis d'office n'ayant produit aucune écriture et ne s'étant pas présenté à l'audience, il n'y a pas lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
5. D'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. D'autre part, aux termes de l'article 13 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente Convention ont été violés, a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles ".
7. Si M. A soutient qu'il a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour en mars 2024 et qu'il est en attente d'une réponse à sa demande, il résulte de l'instruction que sa demande a été refusée par un arrêté portant refus de titre et obligation de quitter le territoire du 6 mai 2024, pièce portée à la connaissance du requérant à l'audience. Par ailleurs, en se bornant à produire son titre de séjour expiré depuis mars 2024 ainsi que le récépissé de demande de renouvellement, M. A n'établit pas l'ancienneté et la continuité de son séjour à Mayotte, ni ne fait état d'une insertion particulière dans la société française. Enfin, s'il se prévaut à l'audience de la présence de sa mère et de sa sœur à Mayotte, il n'établit pas qu'elles seraient en situation régulière, pas plus qu'il n'établit l'intensité de ses liens avec elles et la nécessité pour lui de résider auprès d'elles. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet, en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire sans délai, a porté, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte manifestement grave et illégale au respect de sa vie privée et familiale.
8. Par ailleurs, M. A, qui était en situation irrégulière à la date de l'arrêté du 29 juillet 2024, n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au recours effectif et à sa liberté d'aller et venir.
9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'urgence, que les conclusions de la requête de M. A aux fins de suspension de l'exécution de l'arrêté du 29 juillet 2024 du préfet doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.
ORDONNE :
Article 1er : M. A n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les requêtes n°s 2401415 et 2401416 sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer conformément aux dispositions de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.
Fait à Mamoudzou, le 1er août 2024.
La juge des référés,
J. BEDDELEEM
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2401415-2401416