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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2401483

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2401483

mercredi 7 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2401483
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantAARPI BELLIARD RATRIMOARIVONY CHHANN

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Mayotte, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, rejette la requête de Mme A B, ressortissante comorienne, qui contestait l'arrêté préfectoral du 19 juillet 2024 lui interdisant le retour sur le territoire français pour un an. Le juge estime que la condition d'urgence n'est pas remplie, car la requérante, éloignée depuis le 20 juillet 2024, peut demander l'abrogation de cette interdiction au préfet en application de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La solution retenue est le rejet de la demande de suspension et d'injonction, ainsi que des conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 août 2024, Mme A B, représentée par Me Belliard, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'arrêté du 19 juillet 2024 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte, avec le concours des autorités consulaires françaises aux Comores, d'iraniser son retour sur le territoire de Mayotte sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que du fait de son éloignement, tous les liens qu'elle entretient à Mayotte sont rompus alors qu'elle n'a aucune attache forte aux Comores où elle se trouve isolée, qu'elle est admise en BTS pour l'année 2024/2025 et a vocation à poursuivre des études sur le territoire français ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Baizet, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

2. Aux termes de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. / Lorsque l'étranger sollicite l'abrogation de l'interdiction de retour, sa demande n'est recevable que s'il justifie résider hors de France. () ".

3. Mme A B, ressortissante comorienne née le 16 janvier 2004, sollicite du juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du préfet de Mayotte du 19 juillet 2024 en tant qu'il lui fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an, et qu'il soit enjoint au préfet d'organiser son retour. Il résulte de l'instruction que la requête de Mme A B a été enregistrée au greffe du tribunal postérieurement à son éloignement intervenu le 20 juillet 2024. Si la requérante se trouve donc désormais, à la date de la présente ordonnance, aux Comores, elle a toutefois la possibilité de demander au préfet de Mayotte l'abrogation de l'arrêté du 19 juillet 2024 contesté en tant qu'il lui interdit le retour sur le territoire français pendant un an, en application de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, quand bien même ses attaches familiales se trouveraient à Mayotte ainsi qu'elle l'allègue, ou qu'elle aurait accepté, via Parcoursup, une proposition d'admission en BTS à Brive-la-Gaillarde, elle ne justifie pas d'une situation d'urgence caractérisée de nature à justifier la suspension, dans un délai de quarante-huit heures, de l'exécution de l'arrêté du 19 juillet 2024 et l'organisation de son retour à Mayotte.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension et d'injonction présentées par Mme A B doivent être rejetées en application de l'article L. 522-3 précité, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Fait à Mamoudzou, le 7 août 2024.

La juge des référés,

E. BAIZET

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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