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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2401488

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2401488

jeudi 8 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2401488
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Mayotte, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a été saisi par M. D, ressortissant comorien, afin de suspendre l'exécution de l'arrêté préfectoral du 6 août 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai. Le juge a reconnu l'urgence, l'intéressé étant menacé d'un éloignement imminent. Il a estimé que la mesure d'éloignement portait une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la vie privée et familiale de M. D, garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de sa naissance à Mayotte, de sa résidence chez son père français, de sa paternité d'un enfant français et de son insertion professionnelle. En conséquence, le tribunal a ordonné la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 août 2024, M. D demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'annuler et de suspendre l'arrêté du 6 août 2024 par lequel le préfet de Mayotte l'a obligé à quitter le territoire français sans délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de le libérer et de lui délivrer une carte de séjour portant la mention vie privée et familiale ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est exposé à un éloignement imminent vers son pays d'origine ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2024, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le requérant ne justifie pas d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Baizet, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 8 août 2024 à 10h30 (heure de Mayotte), la magistrate constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, M. B étant greffier d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Baizet, juge des référés,

- les observations de M. D,

- les observations de Mme A pour le préfet de Mayotte.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant comorien né le 29 avril 2002, demande, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 6 août 2024 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ". Dès lors qu'il n'entre pas dans les pouvoirs du juge des référés de prononcer l'annulation d'une décision administrative, les conclusions tendant à cette fin doivent être rejetées comme étant irrecevables.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

4. M. D fait l'objet d'une mesure d'éloignement vers les Comores dont l'exécution est imminente. Dans ces conditions, il justifie de l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative pour demander la suspension de l'obligation de quitter le territoire français sans délai.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Il résulte de l'instruction et des précisions apportées à l'audience que M. D est né à Mayotte en 2002 et réside chez son père de nationalité française à Kaweni, Mamoudzou. M. D est père d'un enfant français né en 2022. Le requérant, qui a obtenu son certificat d'aptitude professionnelle en maintenance des véhicules option Motocycle en 2020, puis son baccalauréat professionnel en 2021, effectue actuellement un stage en matière de réparation de scooters auprès de l'association " Action coup de pouce ". Si le requérant est connu défavorablement des services de police pour des faits de recel de biens provenant d'un vol commis en 2023 et a été interpellé à bord d'un kwassa en provenance des Comores, avec deux enfants mineurs qui ont été, selon ses déclarations à l'audience, arbitrairement rattachés à sa personne alors qu'il n'entretient aucun lien avec ceux-ci, ces circonstances sont sans incidence sur l'atteinte grave et manifestement illégale, en cas d'éloignement, à la vie privée et familiale du requérant qui a vécu l'intégralité de sa vie à Mayotte et qui ne dispose d'aucune attache aux Comores. Dans ces conditions, M. D est fondé à soutenir que la mesure d'éloignement litigieuse porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa vie privée et familiale et à demander, pour ce motif, sa suspension, sans qu'il y ait lieu d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour. Il n'y a pas lieu, non plus, d'enjoindre au préfet de Mayotte de le libérer dès lors que la notification de la présente ordonnance impliquera sa sortie immédiate du centre de rétention.

Sur les frais exposés dans l'instance :

7. M. D n'ayant pas constitué avocat et ne justifiant pas des frais exposés, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 6 août 2024 par lequel le préfet de Mayotte a fait obligation à M. D de quitter le territoire français sans délai est suspendue.

Article 2 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Fait à Mamoudzou, le 8 août 2024.

La juge des référés,

E. BAIZET

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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