mardi 13 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2401512 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 août 2024, M C doit être regardé comme demandant au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de lui désigner un avocat ;
2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n°14766/2024 du 12 août 2024 par lequel le préfet de Mayotte l'a obligé à quitter le territoire français , et a assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans ;
3°) le cas échéant, d'enjoindre au préfet de Mayotte d'organiser son retour sur le territoire français dans un délai de huit jours et ce, sous astreinte de 1000 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance ;
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est exposé à un éloignement imminent vers son pays d'origine ;
- l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
-en cas d'éloignement, la mesure contrevient aux dispositions de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH)
Par un mémoire en défense enregistré le 13 août 2024, le préfet de Mayotte conclut au non-lieu à statuer.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision, prise en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné Mme Tomi, première conseillère en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 13 août à 11 heures (heure de Mayotte), le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme B A étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Tomi, juge des référés,
- les observations de M . C, en l'absence de son avocat Me Ahamada,
-une personne se présentant comme la mère du jeune garçon, invitée à se signaler auprès de la préfecture
- le préfet n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté n° 14766/2024 du 12 août 2024 le préfet de Mayotte a fait obligation à M. C, ressortissant comorien né le 9 janvier 2005, de quitter le territoire français sans délai et a assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu d'admettre à titre provisoire M C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
5. L'intervention du juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonnée à l'existence d'une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures pour assurer la sauvegarde d'une liberté fondamentale. En l'espèce, la condition d'urgence est remplie dès lors que le requérant est susceptible d'être éloigné à tout moment vers l'Union des Comores en exécution de la mesure d'éloignement dont il demande la suspension.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
7. Il résulte de l'instruction et des débats à l'audience, que M. C a été appréhendé par les services de la gendarmerie nationale à l'occasion du contrôle de l'embarcation clandestine sur laquelle il se trouvait le 12 août 2024 alors qu'il était accompagné de deux enfants âgés respectivement de 10 et 14 ans sur lesquels il indique ne pas exercer d'autorité parentale. S'il explique que ses parents sont décédés, les attaches familiales dont il se prévaut à Mayotte se résument à la présence de plusieurs de ses frères au sujet desquels il reste évasif et n'apporte pas de précision de nature à caractériser l'existence de liens particuliers avec ces derniers. De même il ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors qu'il confirme n'avoir aucun lien avec les deux enfants, lesquels n'ont pas d'avantage de liens entre eux et paraissent lui avoir été confiés le temps de la traversée. Dans ces conditions, en l'absence d'éléments, la décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français n'a pas porté à l'intéressé, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni à l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M C aux fins de suspension de l'arrêté du 12 août 2024 du préfet de Mayotte doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions aux fins d'injonction.
O R D O N N E :
Article 1 : La requête de M C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C et au préfet de Mayotte.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.
Fait à Mamoudzou, le 13 août 2024
La juge des référés,
N.TOMI
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°240151