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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2401513

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2401513

mardi 13 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2401513
TypeOrdonnance
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Mayotte, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte du 12 août 2024 obligeant M. B, ressortissant comorien, à quitter le territoire français. Le juge a estimé que la condition d'urgence était remplie en raison du risque d'éloignement imminent et que la mesure portait une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé. Cette décision s'appuie sur l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, compte tenu de la présence de ses enfants sur le territoire français.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 août 2024, et des mémoires de production de pièces des 12 et 13 août 2024, M C B doit être regardé comme demandant au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de lui désigner un avocat ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n°14807/2024 du 12 août 2024 par lequel le préfet de Mayotte l'a obligé à quitter le territoire français et assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans ;

3°) le cas échéant, d'enjoindre au préfet de Mayotte d'organiser son retour sur le territoire français dans un délai de huit jours et ce, sous astreinte de 1000 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance ;

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est exposé à un éloignement imminent vers son pays d'origine ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

-en cas d'éloignement, la mesure contrevient aux dispositions de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH)

Par un mémoire en défense enregistré le 13 août 2024, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision, prise en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné Mme Tomi, première conseillère, en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 13 août 2024 à 11 heures (heure de Mayotte), le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme E D étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tomi, juge des référés,

- les observations de M C B en l'absence de son avocat, Me Ahamada,

-les observations de Mme A représentant le préfet de Mayotte.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1.Par un arrêté du 12 août 2024, le préfet de Mayotte a fait obligation à M. C B ressortissant comorien né le 1er janvier 1995 de quitter le territoire français sans délai et a assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu d'admettre à titre provisoire M. C B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

5. L'intervention du juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonnée à l'existence d'une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures pour assurer la sauvegarde d'une liberté fondamentale. En l'espèce, la condition d'urgence est remplie dès lors que le requérant est susceptible d'être éloigné à tout moment vers l'Union des Comores en exécution de la mesure d'éloignement dont il demande la suspension.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

7. Il résulte de l'instruction que M. C B a été appréhendé par les services de la brigade nautique de la gendarmerie nationale alors qu'il se trouvait à bord d'une barque dite kwassa accompagné d'une enfant de 14 ans, Ansfina Erdine avec laquelle il a indiqué n'avoir aucun lien de parenté. Pour soutenir qu'il aurait des attaches familiales à Mayotte, il déclare à l'audience avoir deux femmes, respectivement mères de quatre et de trois enfants, résidant à Mayotte, sans plus de précision. Concernant la situation de la jeune fille mineure qui l'accompagnait, il produit notamment une " autorisation parentale " établie par M B F présenté comme étant son père, en situation régulière sur le territoire, établie en vue de lui permettre d'obtenir un visa permettant à cet enfant de rejoindre Mayotte et indique à l'audience qu'il s'agit en réalité de sa nièce, dont la mère, sa sœur, est demeurée au Comores. S'agissant de sa propre situation, le préfet fait savoir que l'intéressé a vu sa demande d'asile rejetée par les services de l'OFPRA le 27 mars 2023 de même que son recours porté devant la Cour nationale du droit d'asile , le 28 septembre 2023. Dans ces conditions, en l'absence de démonstration contraire par le requérant, la décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français n'a pas porté à l'intéressé, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. C B aux fins de suspension de l'exécution de l'arrêté du 12 août 2024 du préfet de Mayotte doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.

O R D O N N E :

Article 1 : La requête de M C B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Fait à Mamoudzou, le 13 août 2024.

Le juge des référés,

N.TOMI

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401513

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