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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2401518

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2401518

mardi 13 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2401518
TypeOrdonnance
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Mayotte, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la demande de M. A, ressortissant comorien, visant à suspendre un arrêté préfectoral du 12 août 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le juge a estimé que la condition d'urgence était remplie, mais que la mesure d'éloignement ne portait pas une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Cette solution a été retenue en raison de l'absence de preuves suffisantes de l'ancienneté de sa présence à Mayotte et de ses attaches familiales sur le territoire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 août 2024, M A doit être regardée comme demandant au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre l'arrêté n° 14716 du 12 août 2024 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai et assorti la mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer un titre temporaire de séjour dans le délai de trois mois, et dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) le cas échéant, d'enjoindre au préfet d'organiser son retour dans un délai de huit jours sous astreinte de 300 euros par jour à compter de la notification de l'ordonnance..

Il soutient que :

-la condition d'urgence est remplie ;

-la mesure d'éloignement porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné Mme Tomi, première conseillère, en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. M. A ressortissant comorien né le 22 décembre 2005,demande, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire du 12 août 2024.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu d'admettre à titre provisoire M ; A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions fondées sur l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L.522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L.521-1 et L.521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L.522-1. ".

3. M. A a été interpellé le 12 août 2024 et placé au centre de rétention administrative à la suite de l'arrêté du même jour portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors étant susceptible d'être éloigné de façon imminente, il justifie d'une situation d'urgence.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention la convention européenne des droits de l'homme : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui.

5. M A soutient résider à Mayotte de manière habituelle depuis l'enfance et indique y avoir ses attaches familiales. Cependant, il résulte de l'instruction d'une part qu'il est titulaire d'un passeport comorien en cours de validité, établi le 3 juin 2024, mentionnant l'adresse de son domicile aux Comores, d'autre part qu'il a été pris en charge par les services de l'Aide sociale à l'enfance du département dans le cadre d'une mesure éducative prononcée le 11 juillet 2023, soit à quelques mois de sa majorité, les certificats de scolarité produits pour les années 2020 à 2023 antérieures ne revêtant pas de caractère suffisamment probant pour établir la réalité de l'ancienneté de sa présence sur le territoire ni l'existence d'attaches familiales ou personnelles avec quiconque dont il se prévaut. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français n'a pas porté à l'intéressé, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M A doivent être rejetées sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A et au préfet de Mayotte.

Copie au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Mamoudzou, le 13 août 2024.

La juge des référés,

N. TOMI

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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