vendredi 16 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2401532 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | KALED |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 août 2024, Mme A B, représentée par Me Kaled, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de :
1°) suspendre l'arrêté n° 15102 du 14 août 2024 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français avec interdiction de retour pendant un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2000 euros au titre de l'article L761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que placé au centre de rétention elle est sur le point d'être éloignée ;
- la décision porte atteinte à son droit au respect à une vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et de sauvegarde des libertés en ce qu'elle est la mère d'un enfant français et mène une vie maritale avec le père de cet enfant ;
-elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire enregistré le 15 août 2024 le préfet représenté par le cabinet Centaure Avocats conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- les pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne des droits de l'homme et de sauvegarde des libertés fondamentales
- la convention de New-York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Tomi première conseillère en qualité de juge des référés ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le vendredi 16 août 2024 à 11h, heure locale, le juge des référés siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme D C étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Lors de l'audience publique le juge des référés a présenté son rapport.
Ont été entendus :
-Mme B, en l'absence de son conseil ;
- les observations de Me Ben Attia pour le préfet de Mayotte
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
1. Mme A B ressortissante comorienne née le 20 avril 2002 a été interpellée à la suite d'un contrôle d'identité le 14 août 2024, en situation irrégulière et a fait l'objet le même jour d'une mesure d'éloignement. Elle demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " ;
3. La requérante a été placée en rétention administrative en vu de son éloignement imminent vers l'Union des Comores, dans ces conditions, elle justifie de l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative pour demander la suspension de l'obligation de quitter le territoire français sans délai.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale
5. Mme B soutient résider sur le territoire français depuis 2010 sans toutefois en justifier, les seules pièces produites ayant trait à la période 2023 qui correspond à l'année de naissance de son enfant, français par son père. Par ailleurs si elle justifie pourvoir aux besoins de cet enfant par la production d'un extrait de son carnet de santé et de quelques factures établies à son nom, il n'en va pas de même s'agissant du père de cet enfant dont elle ne démontre pas qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de leur enfant, et qui n'est d'ailleurs pas présent à l'audience. A cet égard, si elle affirme résider avec ce dernier et leur enfant commun, les pièces produites ne permettent pas d'en attester dans la mesure où l'acte de naissance mentionne pour ce qui la concerne une adresse différente de celle du père de l'enfant, conforme à celle qui figure sur une facture datée du 3 mars 2024 alors qu'il résulte par ailleurs de ses déclarations recueillies à la fois lors de son interpellation et lors de la notification de l'obligation de quitter le territoire français par le brigadier de police en fonction au service territorial de la police de l'air et des frontières, qu'elle est domiciliée à Mutsamudu aux Comores. Enfin, alors qu'elle apporte à l'audience l'information selon laquelle elle est la mère d'un autre enfant, né d'un père différent, qu'elle ne présente pas comme étant également français, elle ne justifie d'aucune circonstance particulière qui s'opposerait à ce que la cellule familiale qu'elle constitue avec ses deux enfants se recompose aux Comores. Par suite, les moyens soulevés par Mme B ne sont pas de nature à remettre en cause le bien- fondé de l'arrêté du 14 août 2024 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois à destination de l'Union des Comores dont elle ne démontre pas qu'il porterait une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de la vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de l'enfant.
3. Il résulte de ce qui précède, que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre- mer pour information.
Fait à Mamoudzou, le 16 août 2024.
La juge des référés,
N.TOMI
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,