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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2401536

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2401536

jeudi 29 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2401536
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantMOUSSA

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Mayotte, rendue par le juge des référés, concerne l’exécution d’une précédente ordonnance de référé-liberté du 29 novembre 2023. Cette dernière enjoignait à la Chambre de Métiers et de l’Artisanat (CMA) de Mayotte de faire cesser le harcèlement moral subi par Mme A et de régulariser sa situation salariale depuis le 1er mai 2023. Constatant que la CMA n’a exécuté ces injonctions que de manière très incomplète, le tribunal réitère les mesures d’exécution sur le fondement des articles L. 521-2 et L. 911-4 du code de justice administrative. Il ordonne notamment un réajustement des tâches de Mme A et une régularisation complète de ses salaires et bulletins de paie.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2024, Mme B A demande au juge des référés, sur le fondement des articles L. 521-2 et L. 911-4 du code de justice administrative :

1°) de constater l'inexécution de l'ordonnance de référé-liberté n° 2304407 du 29 novembre 2023 par laquelle il a été enjoint à la chambre de métiers et de l'artisanat (CMA) de Mayotte de mettre fin immédiatement au harcèlement moral dont elle était victime et de régulariser sa situation en ce qui concerne ses attributions et les salaires impayés depuis le 1er mai 2023 ;

2°) de réitérer l'injonction en l'assortissant d'une astreinte fixée à 100 euros par jour de retard.

Elle soutient que :

- la CMA n'a toujours pas pris l'ensemble des mesures nécessaires, notamment en ce qui concerne sa réintégration sur son poste et la régularisation de ses salaires, la somme versée en décembre 2023 étant insuffisante à cet égard ;

- afin d'assurer l'exécution de la décision de justice, il convient de soumettre l'administration à une astreinte.

Par ordonnance du 14 août 2024, une procédure juridictionnelle a été ouverte, sous le n° 2401536, en vue de prescrire les mesures d'exécution de l'ordonnance n° 2304407.

Par un mémoire enregistré le 23 août 2024, Mme A expose que la CMA n'a toujours pas fait le nécessaire pour mettre fin au harcèlement moral et régulariser sa situation. Elle demande en conséquence que soient prononcées, sous astreinte, les injonctions suivantes :

- faire cesser le harcèlement moral, notamment par un réajustement des tâches qui lui sont confiées, de manière à les rendre conformes à ses droits statutaires ;

- régulariser sa situation en ce qui concerne les salaires impayés depuis le 1er mai 2023, cette régularisation devant se traduire par le versement d'une somme de 30 539,22 euros, outre les intérêts moratoires ;

- lui délivrer ses bulletins de salaire depuis janvier 2023.

Vu les pièces attestant de la communication de la procédure à la CMA de Mayotte.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la décision du président du tribunal désignant M. Aebischer, vice-président, en qualité de juge des référés.

Vu :

- le code de l'artisanat ;

- le statut du personnel des chambres de métiers et de l'artisanat ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 28 août 2024 à 14 heures, le juge des référés siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 du code de justice administrative, Mme C étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Aebischer, juge des référés ;

- les observations de Mme A, qui réaffirme que l'ordonnance du 29 novembre 2023 demeure inexécutée et confirme ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".

2. Aux termes de l'article de l'article L. 911-4 du même code : " En cas d'inexécution d'un jugement () la partie intéressée peut demander au tribunal administratif () qui a rendu la décision d'en assurer l'exécution. / () Si le jugement () dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte () ".

3. Si, eu égard à leur caractère provisoire, les décisions du juge des référés n'ont pas, au principal, l'autorité de la chose jugée, elles sont néanmoins, conformément au principe rappelé à l'article L. 11 du code de justice administrative, exécutoires et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoires.

4. Par son ordonnance n° 2304407 du 29 novembre 2023, le juge des référés a fait droit à la demande de Mme A tendant à ce qu'il soit enjoint à la CMA de Mayotte de mettre fin immédiatement au harcèlement moral dont elle était victime. Plus particulièrement, il a été ordonné à l'organisme consulaire de procéder à un réajustement de ses tâches de manière à les rendre conformes à ses droits statutaires et de régulariser sa situation en ce qui concerne les salaires impayés depuis le 1er mai 2023.

5. Il résulte de l'instruction, cela étant soutenu par Mme A dans le cadre du présent contentieux d'exécution, sans contestation de la partie adverse qui n'a pas défendu, que la CMA de Mayotte n'a exécuté les injonctions que de manière très incomplète. En effet, il est constant, d'une part, que l'intéressée n'a pu, du fait des atermoiements de son employeur, être réintégrée sur son poste en bénéficiant d'un réajustement de ses tâches et, d'autre part, que la régularisation pécuniaire effectuée en décembre 2023 présentait un caractère très incomplet, la somme versée ne prenant manifestement pas en compte l'ensemble des droits à rémunération de l'intéressée depuis le 1er mai 2023, les bulletins de salaires établis par la CMA n'étant ni complets ni exacts.

6. Il y a lieu, en application des dispositions précitées des articles L. 521-1 et L. 911-4 du code de justice administrative, de réitérer les injonctions adressées à la CMA de Mayotte, au titre des mesures permettant de remédier au harcèlement moral subi par Mme A, consistant à redonner à celle-ci une affectation par laquelle ses tâches seront réajustées de manière à les rendre conformes à ses droits statutaires, mais aussi et surtout à procéder à une régularisation complète de sa situation en matière de rémunération depuis le 1er mai 2023, des bulletins de salaire pertinents devant être établis à cet égard. Cependant, le dossier soumis au juge des référés ne permet pas, compte tenu de l'imprécision des éléments invoqués par la requérante, de lui donner acte de l'existence d'une créance se montant précisément à 30 539,22 euros.

7. Il y a lieu de préciser que les mesures susmentionnées devront être exécutées dans un délai de quinze jours suivant la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

ORDONNE :

Article 1er : Il est enjoint à la chambre de métiers et de l'artisanat (CMA) de Mayotte, en exécution de l'ordonnance de référé n° 2304407 du 29 novembre 2023, de redonner à Mme A une affectation effective conforme à ses droits statutaires et de procéder à une régularisation complète de sa situation en matière de rémunération à compter du 1er mai 2023, dans un délai de quinze jours suivant la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à la chambre de métiers et de l'artisanat de Mayotte.

Copie en sera adressée au préfet de Mayotte.

Fait à Mamoudzou, le 29 août 2024.

Le juge des référés,

M.-A. AEBISCHER

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401536

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