mardi 20 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2401543 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire de production de pièces enregistrés les 17 et 18 août 2024, Mme C A, représentée par Me Kaled, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'arrêté n° 15178/2024 du 16 août 2024 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, fixé le pays de destination et assorti la mesure d'une interdiction de retour pendant un an;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'elle est susceptible d'être éloignée à tout moment vers son pays d'origine en exécution de mesure attaquée ;
- l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle réside à Mayotte depuis sa naissance en 2006, y a poursuivi toute sa scolarité et qu'elle y a ses attaches familiales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 août 2024 , le préfet de Mayotte, représenté par la selarl Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 19 août 2024 à 11heures , heure locale, le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion, dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme B rétant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, après que Mme Tomi a présenté son rapport :
- Mme A, en l'absence de son conseil qui déclare ne pas avoir à ce stade effectué de démarche pour régulariser sa situation et ne pas disposer d'adresse fixe actuellement.
- les observations de Me Ben Attia, avocat du préfet de Mayotte, qui fait valoir que condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que Mme A a bénéficié d'une mainlevée de la mesure de placement au centre de rétention administrative ordonnée par le juge des libertés et de la détention, d'autre part que l'arrêté ne porte par une atteinte manifestement illégale à a son droit au respect de la vie privée et familiale .
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 16 août 2024, le préfet de Mayotte a fait obligation à Mme C A, ressortissante comorienne née le 17 juin 2006, de quitter le territoire français sans délai et a assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français. Dans le cadre de la présente instance, Mme A demande la suspension des effets de la mesure d'éloignement prise à son encontre.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L.521-2 du code de justice administrative: "Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures".
3. L'intervention du juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, est subordonnée à l'existence d'une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures pour assurer la sauvegarde d'une liberté fondamentale. En l'espèce, il résulte des débats que Mme A a fait l'objet d'une mainlevée de la mesure de placement au centre de rétention administrative ordonnée par le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Mamoudzou. Par suite, n'étant pas en instance d'être éloignée de manière imminente vers l'Union des Comores, elle ne justifie pas de l'urgence à statuer dans le cadre de la procédure prévue par l'article L521-2 du code de justice administrative.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Pour démontrer la réalité de l'ancienneté et de la continuité de sa résidence sur le territoire français, Mme A produit des certificats de scolarité et quelques bulletins scolaires attestant un suivi de scolarité à compter de l'année scolaire 2018, sanctionné par l'obtention du baccalauréat à la session du mois de juin 2024. Toutefois, Mme A qui ne produit pas de pièces pour les années antérieures à 2018, sous réserve d'une attestation établie par le directeur d'une école élémentaire, d'une valeur probante insuffisante, ne conteste pas s'être effectivement rendue aux Comores au cours de l'année scolaire 2019-2020 comme en attestent d'ailleurs le visa apposé sur son passeport et le document de circulation mineur délivré en 2019, en précisant que ce séjour a été effectué pendant des vacances scolaires. Par ailleurs, si elle fait part de son projet de poursuivre des études de droit à l'université, elle déclare ne pas avoir encore effectué de démarche en ce sens alors qu'elle déclare ne disposer ni de titre de séjour, ni même d'adresse lui permettant de finaliser une quelconque inscripion universitaire. En l'absence d'autre élément, hormis le versement de la carte de séjour de sa mère qui aurait fait l'objet d'un renouvellement, Mme A ne justifie pas davantage qu'elle aurait constitué l'essentiel de ses attaches familiales et personnelles sur le territoire français, ni qu'elle disposerait de moyens de subvenir à ses besoins. Dans ces conditions, étant célibataire, majeure, sans charge de famille, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la mesure d'éloignement litigieuse porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions de la requête de Mme A doivent être rejetées dans leur intégralité.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme C A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A et au préfet de Mayotte.
Copie en sera, en outre, transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Mamoudzou, le 20 août 2024.
Le juge des référés,
N.TOMI
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.